Quand deux monstres sacrés du cinéma français des années 70 se rencontrent pour jouer la comédie sur une île d’Amérique du Sud, dirigés par un réalisateur canaille, créant un film romantique à l’américaine, on se régale d’un style Sauvage

Par Guillaume Cadot

sauvage

D.R.

L’histoire

Martin, qui décide de plaquer la firme de parfums dans laquelle il excelle comme nez pour vivre en Robinson sur une île proche de Caracas, est rattrapé par Nelly, une belle emmerdeuse qui fuit un mariage à peine démarré et déjà raté, ses amants et l’ennui.

Sauvage1

D.R.

On aime

C’est une perle dans le cinéma français des années soixante-dix, qui compte parmi les plus grandes comédies romantiques françaises. Jean-Paul Rappeneau signe un petit bijou exotique plein d’aventures, réunissant les deux immenses acteurs que sont Deneuve et Montand en couple jouant le “je te déteste, moi non plus”, dans la lignée de Belmondo-Dorléac avec L’Homme de Rio réalisé par Philippe de Broca quelques années plus tôt.

sauvage8

D.R.

Rappeneau offre à Catherine Deneuve son plus beau rôle de comédie avec le personnage de Nelly. “Atta-chiante”, voilà le qualificatif qui lui sied le mieux… Son fiancé italien pure souche qui sent le mafioso à plein nez lui court après, suivi de son ancien patron américain, tenancier d’une discothèque où elle a volé un Lautrec. Yves Montand sera son sauveur malgré lui, lui qui n’a demandé que la solitude sur son île. Il succombera à la tornade blonde, bien sûr ! Pas de temps mort : tout le monde court après quelqu’un ou quelque chose.

sauvage3

D.R.

C’est donc un film rafraîchissant comme une Pina Colada sous le soleil des tropiques auquel on a affaire, avec des images qui donnent envie de tout plaquer pour aller cultiver ses légumes, pêcher son poisson et ouvrir les volets d’une vieille maison coloniale au bout du monde avec comme seuls voisins les cocotiers et la mer…

sauvage9

D.R.

Si la critique est unanime à propos de cette comédie endiablée emmenée par deux acteurs virtuoses, il faut aussi souligner le style et l’élégance qui se dégagent de ce film : l’exubérant fiancé italien de Nelly porte une magnifique dinner jacket au début du film en pleine réception de ses fiançailles (Tom Ford pourrait la proposer aujourd’hui dans sa collection). La veste va de pair avec la tenue de l’ex-amant américain propriétaire d’une boîte de nuit, comme en témoignent son costume blanc et sa chemise noire rehaussée d’une cravate large à rayures et pois…

Mais la palme d’or du style revient à Yves Montand qui s’impose pendant 1h30 dans la même tenue, ou presque : une (parfaite) chemise à doubles poches en coton Chambray bleu délavé, un pantalon à poches cargo dans sa célèbre couleur kaki et des chaussures montantes type Pataugas en toile et semelle commando. Sa barbe de trois jours et ses cheveux en pagaille y ajoutent une certaine élégance baroudeuse, renforcée par la maturité de l’âge.

sauvage5

D.R.

L’ensemble de la garde-robe d’Yves Montand s’inscrit dans l’esthétique américaine de l’Ivy League et de ses étudiants américains, version aventurier des mers : le pantalon Chino et la chemise en Chambray militaire pour vivre en Robinson, le t-shirt blanc pour réparer un moteur, le costume beige et sa chemise azur pour un dîner sur l’île, le costume sombre avec une chemise à rayures bâton et cravate noire pour son retour à New York…  Sans oublier, à la fin du film, l’ensemble veste de sport à carreaux, chemise blanche et cravate tricot sombre, Mackintosh sur le bras, qui demeure une signature du style classique qu’Yves Montand (comme ses fameux pulls à col V).

Sauvage4

D.R.

Le personnage de Nelly incarne l’élégance à la française sous les traits de Catherine Deneuve. Mention spéciale pour sa fuite du lit conjugal au début du film, dans un ensemble jean 501, ceinturon d’homme, chemise blanche, trench Burberry’s et cheveux mouillées. Sans oublier, sa robe saharienne beige une fois sur l’île… Clin d’œil au style Yves Saint-Laurent évidemment auquel elle fut fidèle jusqu’à sa mort (pas le Saint Laurent d’aujourd’hui, attention !) Mais la belle Catherine nous enchante tout autant, simplement vêtue du cardigan bleu marine grosse maille emprunté à Montand et porté à même la peau, rappelant la puissance érotique que dégage une femme empruntant le vestiaire de son homme !

sauvage6

D.R.

On retient quoi ?

Une garde-robe est faite pour être portée, usée, salie, bref il faut donner vie à ses vêtements, comme Martin et son t-shirt taché ou son costume en coton chiffonné. Rien n’est plus triste qu’un vêtement neuf ! L’anecdote voudrait qu’on ait reproché à Gianni Agnelli de porter en conseil d’administration une veste de costume avec un trou fait par un cigare au niveau du bas de manches. Il aurait répondu à l’importun qu’il s’agissait pour lui de son plus beau costume…

Revoir (vite) L’Africain de Philippe de Broca avec Noiret et… Catherine Deneuve. Elle y incarne un agent de voyage qui part dans la région des Grands Lacs pour imaginer un club de vacances. Elle retrouve son mari, Philippe Noiret, vieux bougon qui a tout plaqué pour vivre en solitaire… Cette fois c’est Broca, L’Homme de Rio, qui s’inspire de Rappeneau et de son Sauvage. Vous devriez aimer !

africain

L’Africain, D.R.

À l’approche du printemps, on roule en pick-up, comme Martin à Caracas. Le SUV, c’est trop familial, trop sportif, trop chic. Le pick-up sent la liberté, il se vit seul ou à deux, il n’y a pas de place pour d’autres. Vous chargez à l’arrière vos besoins, vos envies, vos passions et vous prenez la route pour une destination secrète et isolée. Le préparateur Rain Prisk affolait d’ailleurs les réseaux sociaux en dévoilant il y a quelques jours le Lamborghini Urus en version pick-up… Nous on se contenterait d’un bon vieux F-100 Ford pour charger sa gazinière rouge Rosières et imaginer un poisson rôtissant dans son four comme Martin sur son île !

G.C.