Ringardisé et mis au placard par l’homme moderne, le pantalon à pinces était, jusqu’ici, l’apanage du retraité et des nostalgiques du duo Sonny Crockett, Ricardo Tubbs… Mais tout ça, c’est fini ! Le voici revenant sur le devant de la scène par la grande porte et lifté : le tailoring et les maisons de luxe lui offrent une coupe plus contemporaine et ajustée. Quand le large redevient chic… Enfin !

Par Guillaume Cadot

Pommella

© Pommella

Non, le pantalon à pinces n’est pas un gros mot stylistique !  Il est vrai que parler de style pour un pantalon, c’est susciter la polémique : quand il s’agit d’aborder son type de coupe, les esprits s’échauffent… 

Il n’y a que deux plis possibles pour vos pantalons : (on ne parle pas ici de coupe 5 poches comme votre jeans !) un pli marqué au fer ou un pli qui se prolonge avec une couture sous la ceinture, formant ainsi un pli pincé. On parle alors de pantalon avec une pince. Résultat immédiat ? Le confort bien sûr ! Et un certain style né dans les années 30, où la forme généreuse du haut du pantalon soulignait la taille prise et les hanches développées et s’associait à une veste très épaulée. Un costume de surhomme, en somme, représenté par Cary Grant ou Fred Astaire à l’époque…grant

Hélas, le pantalon et la veste du super héros ont autant rétréci que son aura…  De nos jours, il semble attiré par une tenue plus étriquée… On a rangé les pinces au placard depuis les versions multiples des pantalons des années 90 ambiance Miami Vice. Tout excès entraînant son contraire, voilà que la mode semble à nouveau aimer taquiner le large dans ses coupes. L’effet streetwear peut-être ? Le nouveau pantalon à pinces conserve toutefois une coupe étroite sur le bas.

Comme d’habitude, les Italiens ont été précurseurs en la matière. Revers de veste « trop » larges, col de chemise « trop » évasé ou « trop haut », revers de pantalon « trop » grands. Alors quand ils réinventent le pantalon avec pinces, en font-ils trop ?

Brunello Cucinelli

© Brunello Cucinelli

L’incontournable Brunello Cucinelli a donné le là de manière subtile il y a déjà quelques saisons en proposant des pantalons dont la cuisse était généreuse et le bas toujours étroit et court. La coupe carotte n’avait pas encore de pinces. À partir de cette tendance, l’effet surplus de matière est revenu sur le devant de la scène tailoring comme pour mieux affirmer sa différence et son luxe face au prêt-à-porter étriqué voulant habiller l’homme à coups de taille basse, revers de veste étroits et chemise boudinée. L’élégance a pris le large !

On le trouve où (sans l’extirper du grenier de son grand-père) ?

Chez les Italiens bien sûr, comme Brunello Cucinelli ou The Gigi (créé par les frères Boglioli de la marque éponyme) mais surtout Rota et Incotex qui ne fabriquent que des pantalons.

En haut de l’échelle, on trouvera les culottiers Cerrato, Pommella ou Ambrosi Naples, Osaku et Igarashi au Japon, The Disguisery à Londres. Ils excellent en la matière, dessinent des pantalons parfaitement bien coupés, très affutés, la double pince apportant le confort absolu sans avoir l’air d’enfiler un sac – le secret réside dans la coupe de la cuisse, entre l’arrière et l’avant de la jambe… Tout un art.

Cerrato

© Cerrato

En France, on peut se tourner vers le spécialiste du pantalon, Bernard Zins. Cet ingénieur pantalonnier (une spécialité de l’Ecole Supérieure du Vêtement de Paris, mais si) a fabriqué pendant des décennies les plus beaux pantalons des marques de prêt-à-porter de l’Hexagone. Devenu aujourd’hui une marque indépendante sous l’impulsion de son fils, on y retrouve tout le savoir-faire Zins dans la boutique parisienne. 

Igarashi

© Igarashi

Toujours en France, le jeune tailleur Julien Scavini a, quant à lui, lancé en 2016 une ligne de pantalons en prêt-à-porter. La version  moderne du pantalon à pinces n’y est pas oubliée… Une très belle façon réalisée par un passionné.

Scavini

© Scavini

Enfin, si vous fréquentez un tailleur digne de ce nom, il pourra bien sûr vous façonner un pantalon à pinces avec la coupe qui vous convient le mieux. L’excentrique Djay travaille avec son propre culottier. Il vous expliquera avec sa grande gentillesse la théorie de l’escalier pour reconnaître un bon pantalon d’un mauvais. Ça ne fera pas un pli !

G.C.