La pêche à la mouche à la japonaise est aussi affaire de minimalisme ! Découverte tout en zen de la pratique avec un équipement d’une centaine de grammes qui rend ce sport accessible à tous…

Par Patricia -M. Colmanttenkara

En supprimant le superflu, on se concentre sur l’essentiel. La philosophie japonaise du Ma qui privilégie, en toute chose, le minimalisme, guide l’art floral de l’Ikebana, la poésie tanka, l’art du thé ou encore l’architecture d’intérieur… Mais pas que. Cette philosophie ancestrale était aussi la règle dans les campagnes montagneuses où paysans et pêcheurs, cultivant de maigres lopins de terre, devaient crapahuter dans les torrents à la recherche de quelques truites et autres petits carnassiers de rivière pour compléter l’ordinaire.

Ainsi est née la pêche au Tenkara, au VIIIe ou IXe siècles selon les historiens. C’est la difficulté d’accès aux lieux où se cache le poisson qui a incité les pêcheurs à épurer leur équipement : une canne en bambou, un fil en crin de cheval, un hameçon et quelques plumes en guise de mouches. Le Tenkara était né, exigeant du pêcheur une grande connaissance des lieux poissonneux et une agilité à se déplacer furtivement pour ne pas alerter la proie, car faute de moulinet, la ligne est courte.

Peut-être avait-il déjà un tamo, l’épuisette traditionnelle japonaise et bien-sûr une besace ? Ce matériel maniable se révéla très efficace pour attraper les truites endémiques des torrents rapides de montagne et les paysans ne furent plus les seuls à pratiquer le Tenkara. Des professionnels l’adoptèrent pour alimenter les tables des auberges campagnardes en salmonidés.tenkara1

Le premier occidental à repérer cette pêche “depuis le ciel”, signification communément attribuée au Tenkara, telle la mouche se posant délicatement sur l’eau, est, bien-sûr… un Anglais. Le diplomate Ernest Satow, grand connaisseur du Japon, mentionne sa découverte alors qu’il est en poste à Tokyo au milieu du XIXe siècle. Mais ce sont les Américains, grands pêcheurs à la mouche devant l’Eternel, qui importeront cette méthode en occident au siècle suivant.

Autrefois, des techniques de pêche sans moulinet étaient pratiquées dans le monde, y compris en France” raconte Maxime Miquel, guide de pêche à la mouche dans les Pyrénées, qui s’est passionné pour le Tenkara. “En occident le développement de la mouche s’est fait à partir de cannes plus courtes, plus maniables pour lancer loin avec l’aide d’un moulinet. Au contraire du Tenkara dont les cannes étaient longues avec un équipement minimaliste” poursuit celui qui est à l‘origine de l’importation de cette pratique (et du matériel) en  Europe. “Et au fil du temps, les Japonais ont perfectionné la technique en mettant au point des cannes ultra légères et d’un faible encombrement” conclut-il.

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Les nouveaux matériaux permettent en effet aujourd’hui de partir pêcher équipé de 100 grammes de matériel ! Une canne en carbone de 75 grammes, télescopique, mesurant pas plus de cinquante-et-un centimètres repliée et 3,60 mètres dépliée. Vous ajoutez une bobine de nylon, quelques hameçons, trois à cinq mouches, pas plus, car la philosophie du Ma reste la règle, et vous êtes prêt à partir arpenter la rivière de votre choix…

Pour être complet, et surtout en cette saison où la pêche vient d’ouvrir et les rivières commencent à charrier de la neige fondue, une combinaison étanche (ou waders) est indispensable. Comme la philosophie de cette pêche n’est pas de remplir son escarcelle, mais de faire corps avec la rivière, de prendre le temps de regarder les berges, de humer la brise qui frisotte à la surface de l’eau, d’écouter le vent qui siffle dans les branches, de repérer le remous provoqué par les ondulations d’une truite, besace et épuisette ne sont pas indispensables, car la pratique du relâcher ou no kill est de mise. tenkara4

Sur les rivières difficiles à pêcher comme la Dourbie (près de Millau, ndlr) ce matériel permet une approche facile des techniques de pêche” explique Aurélien Perez, l’un des premiers guides de pêche à s’être initié au Tenkara. “C’est plus simple que la pêche à la mouche traditionnelle. On sent très vite les mouvements du poisson. Le lancer du fil est un geste doux. On peut pêcher toute la journée sans grande fatigue” précise ce professionnel qui connaît comme sa poche les 2800 kilomètres de rivières de la Lozère et nous a fait apprécier la simplicité de cette pêche très zen…

P.-M. C.