En mars, chaque année, les joyeux participants des 100 GT se réunissent à côté de Paris (mais ça, vous le savez déjà). Circuit, petites routes, charmants endroits et bonne humeur : mais au fait, quelle heure est-il ? Voilà bien une question qu’on n’aura pas entendue du week-end… Et pourtant, on a observé quelques garde-temps dignes d’intérêt, assortis de quelques autos tout aussi admirables… Portraits croisés.

Par Benjamin Bérenger

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Au château d’Ermenonville © Nino Hamet

Lucien-François, sa Rolex Day-Date et son 911 Speedster 3.2. de 1989

Souvenez-vous de cette publicité Rolex de 1967. Une photo du siège des Nations Unies en arrière-plan et le slogan “If you were speaking here tomorrow, you would wear a Rolex”. A l’époque, on imaginait des publicités destinées à faire réfléchir… mais revenons à nos aiguilles. Que fallait-il comprendre dans l’affiche de la marque à la couronne ? Que si vous étiez président d’une nation, vous auriez porté une Rolex Day-Date au poignet ! Surnommée la  “President Watch”, elle prend ici tout son sens…

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© Antoine Minard

Et justement, Lucien-François, c’est un peu le Président à vie du rallye des 100 GT. Mémoire vivante de la manifestation qu’il co-fonde en 1977, le Président d’Honneur circule avec bonheur chaque année dans ce rendez-vous annuel devenu une institution.

Lucien-François porte une Day-Date 1803 en or jaune sur cadran silver, ornée d’un bracelet cuir veau gold du plus bel effet. “Ce bracelet, je l’adore je suis allé l’acheter chez ADM à St Germain… c’était le moins cher de toute la boutique !” confie-t-il en plaisantant. Oui, cette anecdote aurait pu être tirée de Snobissimo (pour ceux qui auraient lu le petit chef-d’oeuvre d’humour mécanique de Pierre Daninos).

Cette montre, Lucien-François ne la quitte plus depuis des décennies, depuis presque autant de temps qu’il pilote son Speedster 3.2 caisse étroite (seulement 171 exemplaires produits) à l’intérieur cuir Cartier – paradoxal, me direz-vous ! Il l’acquiert en 1997 avec seulement 2500 kilomètres au compteur.  

 

Edouard, sa Rolex Date et sa 365 GT/4 BB de 1974

Après le père, le fils… Edouard, au volant de sa 365 GT4 BB (souvenez-vous, on en avait déjà parlé ici) porte sa Rolex Date référence 1500 et…ex-Lucien-François, reçue en cadeau le jour de ses dix-huits ans : un véritable garde-temps donc… Edouard a repris le flambeau de l’organisation des 100 GT depuis cinq ans, avec Pierre, l’ami de longue date.

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© Antoine Minard

Son bolide n’a pas moins de prestige que sa montre… Et nécessite plus de soins ! Il ne s’agit que de la deuxième sortie officielle de sa “BB” comme il la nomme, après un an de réfection moteur pour cette auto produite à seulement 387 exemplaires.. L’inverse-même de la Rolex Date qui fut fabriquée à des dizaines de millions d’exemplaires, incarnant dans l’horlogerie ce que la 911 ou la golf est à l’automobile : fiabilité, robustesse, intemporelle et discrète ! Bien sûr, on parlait de la montre, pas de l’auto…  

Sa BB, Edouard y tient tout autant qu’à sa montre. Pour preuve : seulement trois petits tours de circuit à Folembray !

 

Fabien, sa Patek Philippe Nautilus et sa Ferrari 412 de 1987

En voilà un beau couple : une Patek Philippe Nautilus et une Ferrari 412… Et pour nous, la 412, c’est l’une des 2+2 les plus réussies de Ferrari : à l’époque, la firme n’aura rien produit de plus confortable, luxueux… et coûteux ! Une tendance qui s’est, de nos jours, considérablement inversée (sourire pincé).

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© Nino Hamet

Fabien a bien voulu découvrir la manche de son bombers pour nous présenter sa montre. Et ça n’a pas été mince affaire ! Car Fabien se veut discret, sauf quand la barrière de péage se lève et qu’il fait hurler les 12 cylindres de sa 412.

La Nautilus, c’est le graal de tout amateur d’horlogerie, dessiné en 1976 par Gerald Genta – en 5 minutes sur une nappe de restaurant, comme le veut la légende… Une icône. Et la montre de Fabien, c’est la véritable Nautilus : la seule, la vraie, l’authentique, l’unique, la 3700. Ni plus ni moins. C’est la première. Et elle est dans la famille depuis toujours, léguée par son oncle qui l’avait achetée neuve en 1973. On ne peut s’empêcher de penser au mythique slogan de la marque “Jamais vous ne posséderez complètement une Patek Philippe. Vous en serez juste le gardien pour les générations futures”.

 

Stéphane, sa Heuer Carrera 1153N Calibre 12 et sa Lancia Fulvia Fanalone de 1970

Traditionnellement, les 100 GT se composent d’une journée circuit et d’une journée rallye, petites routes forestières, stops-café et visites culturelles. C’est là qu’on l’a vu : alors que nous quittions le parc du château de Vic-sur-Aisne, Stéphane faisait démarrer sa Fanalone avec un chrono très sympathique au poignet. Ni une ni deux, on lui a couru après pour voir tout ça de plus près…

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© Nino Hamet

Vitesse et Rock N’ Roll” nous indique Stéphane en souriant. C’est bien le chrono devenu mythique porté par Mick Jagger dans les années 1970 ! Le Heuer Carrera référence 1153N est le tout premier chronographe à remontage automatique de la marque. Équipé du Buren calibre 12, ce mouvement avait la particularité de présenter une couronne de remontoir inversée : vous ne mettiez donc pas votre montre à l’heure depuis la droite, mais depuis la gauche… Sur le flanc droit du boîtier se trouvaient uniquement les poussoirs de chronographe, permettant au pilote lancé à vive allure sur circuit de ne pas se tromper en appuyant sur la couronne de mise à l’heure.

Vive allure. deux mots qui nous amènent vers la monture de Stéphane, la très belle Lancia Fulvia 1600 HF gris argent qu’on avait eu l’occasion d’observer sur le circuit, la veille.

Lancé au volant d’une 930 turbo, le petit bolide italien nous fit l’intérieur, selon l’expression consacrée.

Stéphane possède sa Fulvia depuis une dizaine d’années et ne pourrait plus s’en passer. Il l’a cherchée durant des mois, et c’est au fin fond de l’Italie qu’il l’a débusquée. Elle était première main, dans son état strict d’origine. Aujourd’hui, elle constitue l’un des plus beaux exemplaires de HF à mon sens. Et ce pour une seule raison : elle n’est pas rouge !

 

Xavier, sa Casio illuminator Databank et sa Porsche 930 turbo 3.3 de 1985

Xavier c’est un peu le bad boy des 100GT : blouson en croco, lunettes noires, Porsche Turbo et… Casio Calculatrice ! Un trio qui respire à plein nez les années 80. Et tout est d’époque, même la montre !

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© Nino Hamet

Sa Casio Vintage, croyez-le ou non, Xavier s’en sert tous les jours. Notaire, spécialisé dans l’optimisation fiscale et enseignant la finance à ses heures perdues, il ne quitte pas son petit bijou :”il y a quelque temps, en classe avec mes élèves, nous calculions des taux de marge. J’ai appelé un élève au tableau qui mettait du temps à calculer de tête… je lui ai dit “ne bouge pas, je te donne le pourcentage” j’ai tapé sur ma montre et hop ! Ils étaient tous bouche bée” sourit-il.

Et au volant de sa 930 turbo 3.3, le combo est parfait ! Cette 930, c’est l’arme absolue. Quand la première est présentée, en 1974, au salon de Paris, Porsche avait sorti les grands moyens. Et comme à chaque révolution chez eux, les puristes hurlaient au scandale “Quoi ? Un Turbo chez Porsche… Cachez donc ce compresseur que je ne saurais voir !”

Pensez-vous donc, les Américains n’attendaient que ça, eux. Pas puristes pour un sou, dès qu’une évolution technique sortait, le marché outre-atlantique s’en frottait les mains. Sauf que cette fois ci… patatras ! En quelques mois seulement, la voilà interdite du marché américain, qui la surnomme “la faiseuse de veuves”…  On confirme : le turbo de Xavier est une arme de guerre sur circuit.

 

Alexander, sa Patek Philippe 5040 Quantième Perpétuel tonneau et Porsche 356 C de 1963

Alexander est un véritable esthète des temps modernes. Il conduit une 356 C avec une montre actuelle au poignet : un mélange des styles qui n’est pas pour nous déplaire.

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© Nino Hamet

Lorsqu’il conduit sa Porsche, Alexander regarde l’heure d’un rapide coup d’œil. Mais mieux vaudrait lire l’heure sur l’horloge VDO de la 356… Beaucoup moins risqué ! On lit tant d’informations dans cette Patek Philippe qu’il vaudrait mieux s’arrêter sur le bord de la route comme si on étudiait une carte de France…

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le garde-temps d’Alexander n’est pas conventionnel. Il s’agit d’une grande complication du célèbre horloger genevois. Quantième perpétuel, elle indique l’heure, le mois, le jour du mois, le jour de la semaine, et l’année bissextile. Et le tout, sans jamais avoir besoin de la régler…  Quand je demande à Alexander pourquoi cette montre, sa réponse est sans équivoque “c’était un vrai coup de cœur quand je l’ai mise au poignet, ce que j’appelle souvent un spasme ! Elle était parfaite. Un bijou de technologie, toutes ces indications dans un boîtier tonneau…”

Et justement, en parlant de boîtier, il se marie à merveille aux courbes arrondies de l’auto…  Avec son très chic vert BRG, la 356 d’Alexander est la plus british des Porsche du plateau. Alexander la mène habilement dans les routes escarpées et arrive à destination avant certains V12 pressés !

B.B

Les prochains 100 GT

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