Joli spectacle ces jours-ci, au large de l’île d’Yeu et des côtes vendéennes : une belle brise, une mer formée, un ciel chargé et 34 voiliers révolutionnaires, tous identiques et qui se “tirent la bourre” ! Les nouveaux Figaro Bénéteau 3 (FB3), premiers régatiers de série à être équipés de foils, disputent jusqu’au 12 avril, dans le cadre de la Sardinha Cup, leur compétition initiatique.

Par Patricia-M.Colmant

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Tanguy Le Turquais, skipper du Figaro Beneteau 3 Queguiner – saison 2019 – En mer le 13/03/2019 © Alexis Courcoux

Au fil de ses cinquante ans d’existence, la classe Figaro est devenue un passage obligé de la course au large pour les marins, un peu comme la Formule 3 pour les pilotes de F1. Et cette année, elle a fait un bond dans la modernité en commandant à l’architecte naval Vincent Lauriot-Prévost un monocoque équipé de deux foils destinés à surélever -partiellement- le bateau a- dessus de l’eau sous l’effet de la vitesse et en augmenter la stabilité.  

L’intérêt ? Réduire les frottements de la coque sur l’eau et donc aller plus vite. Sur le papier, c’est simple, mais ces deux virgules de carbone qui sortent à l‘horizontale des flancs de la carène, telle une moustache de viking, et se recourbent vers le bas, modifient la donne de navigation par rapport aux voiliers classiques. Vincent Lauriot-Prévost a donné un triple rôle à ces foils : limiter la gîte, avoir un effet antidérive et limiter le risque, pour le skipper d’accrocher les 105 m2 de spinnaker dans ces appendices quand il se bat pour ramener la voile, alors que la houle secoue le bateau et que le vent cherche à s’engouffrer dans le tissu.

La conduite du FB3 devient sûrement plus amusante, mais aussi plus physique et plus intense que ne l’était le FB2. Les skippers sont plus que jamais de véritables hommes-orchestre, puisque l’ensemble des nouveautés qui équipent ce bateau en font une vraie bombe. « C’est un bateau très puissant qui demande beaucoup d’énergie, d’attention, d’implication » commente Loïc Peyron, qui, à près de soixante ans, s’est lancé dans cette nouvelle aventure régatière. Son objectif, être au départ de la Solitaire du Figaro, fin mai, course qu’il fait à chaque changement de bateau… « C’est-à-dire tous les quinze ans » dit-il en riant !

Ainsi, l’architecte n’a pas lésiné sur la voilure. Non seulement il y a deux spinakers, au lieu d’un sur le FB2, mais aussi un génois de 30,5 m2 et une grand voile de 39,5 m2 avec une forme dite à corne, car au lieu de descendre en triangle du haut du mât elle part à l’horizontale avant de chuter.  Pour un monocoque de 9m75 pour 2900 kg, c’est un beau rapport… « On peut dire qu’il y a de la bâche » lance Loïc Peyron. « Affaler le spi, c’est une vraie chorégraphie. Concentration maximale car il flotte au ras de l’eau et ne demande qu’à filer sous la coque quand on veut le rentrer. »

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© Alexis Courcoux

En revanche, le FB3 n’est pas équipé de ballasts (des caissons qu’un mécanisme vide d’un côté et remplit de l’autre d’eau de mer à chaque virement de bord pour contrer la gîte du bateau)  comme l’était son prédécesseur. Une tâche en moins que compense bien sûr les foils et une quille plus longue et plus fine à 2m50. « Ça nous change la vie parce que cette manipulation était vraiment épuisante » se félicite le vainqueur de la Route du Rhum 2014. « C’est un bateau très vivant, très léger, très amusant à manoeuvrer, mais comme il est très vif, on ne pourra pas beaucoup se reposer sur le pilote automatique. En solitaire, ça va être sportif… » conclut le skipper.

L’arrière est large, à 3m40, favorisant le surf au vent arrière et l’avant est prolongé d’un bout-dehors de 1m10 qui permet d’avoir un génois (ou grand foc) d’une belle surface.

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© Alexis Courcoux

Pour cette première régate en flotte sur ce joli bolide high-tech tout carbone, les organisateurs ont opté pour une régate en double alors que l’ADN du Figaro Bénéteau est la course en solitaire. Les skippers doivent apprécier d’être deux pour tenter de maîtriser leur nouvel équipage qu’ils n’ont pris en main qu’en février dernier, date de la livraison des 50 premières unités.

Alors cette semaine, les virements de bouées par Force 4 ou 5, c’était un peu chaud !  Mais aucun des skippers de renom ne voulait manquer cela, y compris ceux qui ont un peu de bouteille comme Alain Gautier, Michel Desjoyeau, Loïc Peyron ou Charles Caudrelier. Ils ont tous commandé leur FB3, (à 155 000 € HT et hors équipement) sur les pontons de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, siège du constructeur. Ce dernier peut s’enorgueillir d’avoir fait mouche et donné un nouvel élan à une classe qui était déjà hyper dynamique.

P-M.C.