Entre 1945 et 1989, le cinéma d’espionnage, en pleine ère de Guerre Froide, fut très prolifique. Pas moins de 2 240 films ont ainsi envahi les écrans ! Les années 1960 marquent un tournant avec les premiers pastiches du plus célèbre des espions. Retour sur le phénomène et le style des nanars imitant 007.

Par Guillaume Cadot

Our Man Flint

Our Man Flint, D.R.

On les appelle Eurospies ou Spaghetti Spy movies. Ils émergent des maisons de production italiennes, françaises ou britanniques pour la plupart et parodient ou imitent un genre mondialement connu : James Bond. Deux ans après la sortie de Dr No, premier opus de la saga Bond, la vague de films Eurospies est lancée et adopte les ingrédients incontournables de la série : titre évocateur, jolies filles, organisation criminelle tentaculaire, complot à l’échelle mondiale, lieux de tournages exotiques, voitures de luxe, cascades et explosions spectaculaires.

Et le style, alors ? On y retrouve des étoiles américaines, des starlettes italiennes tout en rondeur, des cravates fines et des smokings blancs, des robes courtes et des cuissardes à talon, des musiques symphoniques sur des bagarres grotesques, des gadgets idiots et des organisations secrètes ridicules. Bref, on adore ! Notre sélection atypique et esthétique des films de série B, des feuilletons (qu’on n’appelait pas encore série) et des pastiches bondiens qu’il faut (re)voir !

 

 

The Ipcress file, 1965

Ce qu’il faut savoir

Un grand film d’espionnage, premier d’une série de cinq films, porté par Michael Caine et son personnage Henry Palmer, produit par Harry Salzman juste après son 3e James Bond (Goldfinger). Avec l’équipe bondienne Peter Hunt au montage et John Barry à la musique, résultat : un film anti-Bond, sans gadget ni fioritures, mettant en avant les dessous de l’espionnage, la paperasserie, les costumes sombres et la schizophrénie des agents secrets.

Ce qui est très Bond

Harry Palmer est intelligent et c’est un dur à cuire. Il s’accorde parfaitement au rythme de la musique de John Barry qui comme toujours fait des merveilles. Sinon, il porte des lunettes, se fait à manger, est une grande partie du temps au bureau à remplir des feuillets de rapports avec un colt 32 en guise d’arme. On est loin du fringant 007 et son Walter PPK.

 

 

Our Man Flint, 1966

Ce qu’il faut savoir

Cette parodie bondienne excelle dans le superlatif avec l’étonnant James Coburn dans un rôle plutôt comique. Il est le super-agent, super dans tout. Il est plus fort que 007 : il travaille en solo, il est au-dessus des Etats, il a son jet privé, son harem particulier et il mange de la bouillabaisse comme personne. Un parfait film pop sixties plus viril qu’Austin Powers mais avec autant de jolies filles !

Ce qui est très Bond

Dans un sombre club de strip-tease, la scène du face-à-face entre Flint et un agent secret dont la ressemblance avec qui vous savez est frappante !

 

 

Operation Kid Brother, 1967

Ce qu’il faut savoir

On n’est plus dans la parodie mais dans le copier-coller à la sauce italienne. Le producteur Alberto di Martino reprend tous les aspects du film bondien en allant jusqu’à enrôler des acteurs qui ont connu le succès grâce à leur passage dans la saga 007, comme Adolfo Celi (N°2 dans Thunderball), Daniela Bianchi (Tatiana dans From Russia With Love), Bernard Lee (l’éternel M) ou Lois Maxwelle (Miss Moneypenny) Mais le coup de génie sera de faire tourner Neil Connery, frère de Sean Connery, jouant un chirurgien célèbre, maître en hypnose, capable de lire sur les lèvres et frère de James Bond !

Ce qui est très Bond

Le nom de Connery planté sur l’affiche qui ressemble à s’y méprendre au poster d’un vrai James Bond.

 

Sabata, 1969

Ce qu’il faut savoir

Dès 1965, la série télévisée The Wild Wild West avec James West et Artemus Gordon avait prouvé que le style 007 pouvait trouver sa place au temps des cow-boys, des saloons et des winchesters. Quatre ans après, Lee Van Cleff, son visage taillé à la serpette et sa moustache frétillante, se retrouve dans ce Western Spy Spaghetti et sa trilogie, élégant dans son costume.

Ce qui est très Bond

Le dîner entre Sabata et le méchant Stengel qui se transforme en bagarre chorégraphique à coups de canne pistolet rappelle la partie de golf dans Goldfinger.

 

Casino Royale, 1967

Ce qu’il faut savoir

Le premier vrai-faux Bond non produit par la famille Broccoli à qui Austin Powers doit tout ! Un casting de rêve, d’Orson Welles à Woody Allen, emmené par les deux acteurs vedettes que sont Peter Sellers et David Niven. Les costumes et décors nous plongent dans une ambiance 60’s parfaite entre kitsch, chic, psychédélisme, futurisme et érotisme. Surtout avec Ursula Andress… Une folie sur pellicule à voir et revoir !

Ce qui est très Bond

Le titre bien sûr, repris du premier roman de Ian Fleming, dont les droits furent acquis par CBS en 1954, passant ainsi sous le nez de la famille Broccoli, producteurs de la plupart des Bond. Ce qui est très Bond, c’est aussi l’élégant et So British Sir David Niven en 007 : il aurait pu faire un vrai gentleman espion.

 

 

Murderers’Row, 1966

Ce qu’il faut savoir

Le crooner Dean Martin devient un James Bond d’opérette le temps de quatre films sous le nom générique de Matt Helm. Le second de la série est le meilleur. On aime le titre français « Bien joué Matt Helm ! » qui indique que ce film d’espionnage a la couleur de Bond sans en avoir le goût… 

Ce qui est très Bond

Matt Helm s’échappant de l’île du méchant avec un aéroglisseur. Il continue sa course sur la plage et en ville au milieu des touristes… Une scène qui rappelle la course-poursuite en gondole de Roger Moore dans Moonraker.

 

Condorman, 1981

Ce qu’il faut savoir

En plein boom des superhéros et des enfants de Goldorak, Disney signe un film familial gentillet et parodique, à mi-chemin de SuperMan et James Bond. Une série B digne d’une série Z à (re)voir avec ses yeux d’enfants des années 80.

Ce qui est très Bond

D’abord, le méchant joué par Jean-Pierre Kalfon est parfait, ensuite, Barbara Carrera est superbe (on se souvient de son rôle de garce dans Never Say Never Again) et enfin -et surtout- la course-poursuite sur une route montagneuse entre la Condor-mobile et une batterie de Porsche 911 grossièrement tunées en total look noir.

 

A man called Sloane (Sloane, agent très special), 1979

Ce qu’il faut savoir

Dix ans après la fin des Mystères de l’Ouest, Robert Conrad retrouve le rôle d’un agent secret sous les traits de Sloane. Son punch, son amour pour les scènes d’action et les jolies filles donnent une couleur très Santa Barbara à l’espionnage. Gadgets, passages secrets, hommes de main et voiture clinquante, une série qui sent bon les seventies, une époque où même 007 sous les traits de Roger Moore a porté des pantalons patte d’eph !

Ce qui est très Bond

Sloane fait équipe avec Torque, un colosse noir armé d’une main en métal dont les doigts sont un vrai couteau suisse ! Il rappelle bien évidemment Tee Hee dans Live and Let Die… 

 

On conclue avec trois pépites bien connues… D’abord notre Bob Saint-Clar, Le Magnifique, sous les traits de Jean-Paul Belmondo. Ensuite, l’espion incontournable et si français Hubert Bonisseur de la Bath joué par Jean Dujardin dans la série des OSS (le troisième volet devrait d’ailleurs paraître en fin d’année) et enfin, le psychédélique et obsédé Austin Powers joué par Mike Mayers. Yeah Baby ! La liste de nos nanars d’espionnage préférés pourrait s’énumérer presque à l’infini…

G.C.