Au numéro 8 de la rue Clauzel, une petite vitrine. On s’arrête, on observe le nom, les objets et les meubles, l’espace minuscule mais sans place perdue de cette galerie d’art miniature. Erreur ! Vous voici dans l’antre d’Amélie de Chalard, chez Amélie Maison d’Art. Sonnez, entrez, montez trois marches et… Découvrez avec bonheur les 230m² d’exposition, à la manière d’un appartement témoin. Rencontre.

Par Elsa Cau

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Au premier étage de la Maison d’Art, à Paris rue Clauzel © Amélie Maison d’Art

Amélie vous reçoit ici chez elle, souriante, blonde aux yeux bleus tranquilles –ne vous fiez pas, là non plus, à ses airs sages : ex-banques d’affaires chez Rothschild, atteinte de collectionnite aigüe, elle claque la porte des achats-ventes de sociétés en 2015 pour créer une galerie à son image, c’est-à-dire loin du modèle traditionnel.

« Dans le cadre de mon dernier dossier, pour la société Mériguet-Carrère (l’atelier des métiers de la grande décoration française, référence unique des Monuments Historiques comme de clients prestigieux tels Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, ndlr), j’ai réalisé une étude de marché et ai notamment eu accès aux informations concernant le marché des galeries, dont le modèle chaotique était en plein effondrement depuis une quinzaine d’années… »

Son constat ? Une timidité grandissante pour un public peu enclin à pousser les portes des galeries parisiennes, un accueil souvent froid, une opacité totale sur les prix, une difficulté à se projeter… « Ma galerie est née de ces barrières : j’ai voulu repenser le modèle de la galerie. Notre premier nom –il a changé l’année dernière- était une référence à un peintre grec de l’Antiquité, considéré comme le créateur du trompe-l’œil, Zeuxis. Quand je me suis occupée de la maison Mériguet-Carrère, c’était son nom de code choisi sur le marché… Tout un symbole pour moi, qui suis restée très proche de cet atelier familial ! »

Repenser la galerie

Repenser la galerie, c’est avant tout, pour Amélie, mettre en place « un pilier digital ». Zeuxis naît donc en ligne, dans un premier temps. « Le site permet une profondeur de choix qu’on n’a pas physiquement dans une galerie traditionnelle, avance-t-elle, et nous travaillons aujourd’hui avec 120 artistes, tous médiums confondus ! Pour moi, l’achat d’une œuvre se pense comme une histoire d’amour. A priori, elle vous accompagne une bonne partie de votre existence… C’est un choix relativement engageant. Et pour ce faire, il me semble donc qu’il ne faut pas voir une, deux ou trois œuvres, un ou deux artistes, mais bien quarante, cinquante, pour saisir ce qu’apprécie votre œil… Le digital permet cela : montrer des pièces et des travaux très différents les uns des autres, et proposer une transparence de prix également… »

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Au rez-de-chaussée d’Amélie Maison d’Art © Amélie Maison d’Art

Et l’Art Room, ce si grand espace aménagé comme un (superbe) lieu de vie, d’où vient-il ? « Rapidement, les gens m’ont demandé comment faire pour admirer telle ou telle œuvre. Je les invitais donc chez moi, et j’ai très vite compris que cette expérience fonctionnait. J’ai donc cherché un espace plus grand où mettre en place un véritable appartement, beau et chaleureux. La difficulté était toutefois de trouver un lieu avec, aussi, un accès sur la rue, une petite vitrine. Nous avons ouvert ici début 2017. » 

Et le concept fonctionne. A la fois galerie avec pignon sur rue et véritable maison, l’espace est accessible sur rendez-vous. « Non pas par snobisme, précise la maîtresse des lieux, mais parce que nous effectuons des accrochages sur-mesure pour nos clients. Le principe est qu’ils effectuent une pré-sélection sur notre site, après quoi nous les recevons et passons du temps ensemble pour les accompagner au mieux. Nous avons entre deux et dix rendez-vous par jour, c’est-à-dire entre deux et dix accrochages différents par jour ! Et contrairement au temps de passage en galerie, nos clients restent en moyenne une à deux heures entre nos murs… »

Juste à côté de la Maison, au n°6 de la rue, Amélie a ouvert sa Mini Room, pendant de l’Art Room, ouvert au public comme une galerie miniature : on y présente tous les petits formats des artistes, avec, évidemment des prix plus accessibles (de 300 à 1500 €, environ). Un bon moyen de démocratiser le travail des artistes de la galerie.

« Le grand collectionneur, à l’œil aiguisé, qui sans le savoir se tourne vers un jeune artiste, quelle satisfaction ! » – Amélie du Chalard

Avec une clientèle privée française et étrangère largement éclectique, un autre espace à Londres et une grande partie de l’activité consacrée aux chantiers, travaillant de concert avec architectes et décorateurs, la jeune Maison d’Art a donc de quoi faire. Les professionnels, justement, représentent la moitié de l’activité de la galerie, qui les conseille, met en avant ses artistes mais pas seulement, se voit missionnée pour des pièces spécifiques, des projets de décoration spécifiques… « Nos zones d’interventions sont diverses… et nous sommes agiles ! »

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Pêle-mêle, des oeuvres de Delphine Brabant, Edward Baran, Pola Carmen, Damien Le Bocq, Emmanuelle Roule, Claire de Chavagnac, Hélène Durdilly © Amélie Maison d’Art

Une faculté d’adaptation qui ne vient pas de nulle part… Avec une mère sculpteur, un grand-père et un père collectionneurs, Amélie est tombée bien jeune dans la marmite des arts… « Chez nous, à chaque anniversaire une œuvre d’art ! C’est donc bien un héritage familial… D’ailleurs, je connais personnellement tous mes artistes. » Et parmi les 120, vous aurez deviné que la mère d’Amélie est bien évidemment représentée par sa fille…

Récemment, la Maison d’Art a développé un autre pan d’activité : celui du design moderne (rebaptisé de nos jours vintage), en faisant appel à notre grande duchesse Johanna Colombatti, spécialiste du design italien. L’idée ? Les pièces historiques, qui constituaient une véritable demande tant des professionnels que de la clientèle privée, se mélangent à la galerie avec l’art contemporain environnant, apportant un éclectisme bienvenu.

Qu’à cela ne tienne, et puisqu’on n’a jamais terminé de toucher à tout, Amélie et Johanna décident également de développer le design contemporain : à cette occasion est montée une première exposition, visible en juin rue Clauzel : la Ladies’ Room, pour laquelle la galerie invite un collectif quatre femmes designers, Italiennes et basées à Milan, et finance la production des pièces exposées. Ilaria Bianchi, Agustina Bottoni, Astrid Luglio et Sara Ricciardi y dévoileront leur « collection capsule » d’objets usuels imaginés pour la Maison d’Art… La boucle est bouclée : ainsi, du multiple au meuble et à l’objet, en passant par la sculpture, la peinture ou encore la photographie, toutes les disciplines se rejoignent et dialoguent désormais chez Amélie.

E.C.

 

5 questions à Amélie du Chalard

Quelle est la spécificité des artistes représentés par la galerie ?

Nous ne sommes pas spécialisés et c’est ce qui fait notre force. Sur les 120 artistes que nous défendons, tous les médiums sont représentés, 40% sont étrangers et ont signé une exclusivité avec nous, 60% sont français et nous disposons de l’exclusivité digitale et parisienne.

Quelle a été l’œuvre que tu as reçue pour tes dix-huit ans ?

Une œuvre d’un artiste que je suis toujours, Tanguy Tolila.

Un très beau projet dont tu peux nous parler ?

Chaque année, un cabinet d’avocats spécialisé, notamment, dans l’environnement, situé près de l’Avenue Foch, envoie à ses clients une carte de vœux représentant une œuvre dont ils ont fait l’acquisition. Cette année-là, Tanguy Tolila a réalisé dans leur grande salle de conférence une fresque de six mètres de long. J’aime le travail in situ, qui marque un lieu pusiqu’il est réalisé pour y demeurer ad vitaem, et que je trouve plus personnalisé : on va un cran plus loin dans l’œuvre.

Quelle est la fourchette de prix, chez Amélie Maison d’Art ?

Nous allons de quelques centaines d’euros à plusieurs dizaines de milliers d’euros. C’est très large !

Si tu devais choisir de nous parler d’une œuvre, une seule…

Les mobiles en acier inoxydable poétiques, universels et intemporels d’un vieux monsieur de 90 ans maintenant, Jacques Salles, que j’adore.

 

En pratique
Amélie Maison d’Art, 
8 rue Clauzel,
75009 Paris
Sur rendez-vous

Mini Room, 
6 rue Clauzel,
75009 Paris,
Entrée libre

Exposition Ladies’ Room, 
Collection capsule dévoilée pour Amélie
A partir du 12 juin 2019