En 2012, la Maison Européenne de la Photographie dévoilait les formes sculpturales de Laetitia Casta dans le décor minéral des Thermes de Vals, sous l’œil inspiré de la photographe Dominique Issermann. A l’heure où la pudibonderie côtoie la vulgarité, il est de bon ton d’évoquer la sensualité faite art, où la suggestion seule devient matière à imagination… Une équation tripartite réunissant un lieu inspirant et deux femmes qui se connaissent bien, la première s’offrant au regard de la seconde, pour une série monographique de 33 clichés à l’élégance rare, disponibles dans un ouvrage dédié…

Par Laurène Bigeaucasta vals

Fruit du coup de crayon talentueux de l’architecte suisse Peter Zumthor (né en 1943), le complexe hôtelier des Thermes de Vals est situé dans la province helvète des Grisons. Tels des blocs de pierre de gneiss sortis de terre, à flanc de montagne, il offre une architecture brute sans être brutale. Épuré, minimaliste, il se pose en maître pour offrir différents volumes dans lesquels la lumière danse et fait corps avec les mouvements de l’eau.

Une design massif qui contraste avec un effet d’apesanteur, où l’ensemble paraît comme suspendu au-dessus des éléments. L’intérieur, en pierre et béton ciré, offre un terrain de jeu idéal à l’accroche de la lumière en clair-obscur. Peter Zumthor l’a envisagé comme un cadre propice à l’exploration des sens par les visiteurs, un terreau de ressentis multiples.

Il n’en fallait pas moins pour inspirer Dominique Issermann, artiste polymorphe,  photographe iconique de cinéma, de mode (c’est la grande Sonia Rykiel qui lui mit le pied à l’étrier pour une passion qui dura plus de dix ans), de publicité et … de toutes formes artistiques (la photographe réalisa également – à l’Iphone- 12 clips de Léonard Cohen, son ancien compagnon).

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Pour son deuxième projet (le premier du genre portait à la fin des années 80 sur le mannequin Anne Rohard qu’elle avait photographiée nue au Château de Maisons-Lafitte) axé autour de l’équation ‘une femme, un lieu, un temps court’ (3 jours), le choix s’est ici orienté sur un travail à l’argentique, dépourvu de toute lumière artificielle.

On a souvent loué, et à juste titre, la sensibilité du travail de Dominique Issermann, son approche émotionnelle toute en retenue affirmant une réelle puissance dans l’image, renforcée par ses noirs et blancs empreints de style Man Rayesque. Sa patte singulière est identifiable entre mille, chacun de ses clichés est une ode véritable à la féminité mystérieuse, à l’élégance voluptueuse. Le choix de Laetitia Casta s’est imposé, les deux femmes avaient déjà eu l’occasion de travailler ensemble à plusieurs reprises.

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Volupté. C’est le mot qui caractérise la vision d’ensemble de cette série. Laetitia Casta exulte, joue de la lumière et part à sa rencontre pour mieux la dompter. Elle s’offre sans pudeur, sans toutefois n’être jamais complètement nue.

Tour à tour ses formes épousent les éléments ou s’entrechoquent avec eux. Çà et là la fougue de l’eau s’échoue brutalement sur ses cheveux avant d’effleurer ses seins. Son visage se repose contre le mur affichant une douce quiétude, presque du plaisir… Sa main caresse la pierre pour s’éloigner de l’objectif dans un flou, telle une ombre évanescente. Altier, souverain et gracieux, son corps évolue en liberté dans les eaux sereines éloignées de la rudesse des éléments extérieurs.

Pulpeuse, désirable, le nu de Casta rappelle les séries de Lucien Clergue, où le corps exquis s’affichait sur le sable, et où la fesse était pleine, rebondie et invitait à la gourmandise délicate. Casta a la grâce en héritage, depuis toujours son naturel en fait une femme à la photogénie immédiate, à la sensualité radicale.

Au travers de ces 33 tirages dont le grain du papier fait écho à celui de sa peau, elle se montre sans s’exhiber. Belle,  charnelle, sensuelle. Une femme vue par une femme, la grâce d’un érotisme à fleur d’eau…

L.B.

 

On feuillette ?
Laetitia Casta, Dominique Issermann, aux éditions Xavier Barral, Paris 2012, 58 €