Dans l’univers de la sape, il y a des mots qui font grincer des dents la planète mode. Des styles et des matières qui résistent encore et toujours à l’envahisseur fashion qui aime ressembler à son voisin… Nous, on aime ce que les autres détestent. Voici notre glossaire très Grands Ducs des mots que la mode réfute – et c’est tant mieux…

Par Guillaume Cadot

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GLAND (mocassins à gland, pompons ou pampilles)

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Excentricité stylistique se retrouvant sous la forme de deux pompons sur le plateau de mocassin, symbole d’une Amérique blanche et protestante dès les années 1950, devenue l’apanage de la droite française des années 1980 rêvant de libéralisme et de prospérité à l’américaine.

Si le juste terme à employer est bien celui de pampilles, ce mocassin inventé par la marque américaine Alden trouve sa raison d’être avec un jean élimé ou un costume en flanelle. Nous, on les assume et on continue à faire vivre le style preppy.

 

MATELASSÉ (veste de chasse matelassée)

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Veste ou parka, reconnaissable par son matelassé en losange et son col en cuir qui a depuis longtemps quitté son territoire naturel campagnard pour se mouvoir en ville. Portée par la bourgeoisie provinciale et les “cheveux de riche”, elle a séduit une certaine “droite foie gras” ou “gauche caviar” dont elle véhicule désormais l’image – malgré elle.

Si sa cousine waxée la parka Barbour a réussi son passage mode, la Husky -c’est son nom- fait encore de la résistance tant elle colle au style bourgeois en France… Il n’en est rien en Angleterre où elle habille les chasseurs élégants, ni en Italie ou le quinquagénaire habitué du Pitti Uomo l’adopte sur son costume croisé. Son côté pratique avec ses grandes poches et chaleureux par le matelassé ne demande qu’à être essayé pour être adopté. Même si vous n’avez pas de Range Rover.

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MANCHES (pull sans manches)

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Pull en maille à col rond ou en V dont les manches ont disparu faisant le bonheur des personnes âgées le dimanche sous un blazer et des nostalgiques des années 1980 en version losange.

La chose est entendue, le pull sans manches n’est pas facile à porter, sauf si vous gardez votre veste par-dessus… Dans ce cas, sa fonction thermorégulatrice est addictive, sans compter que vous ne serez pas serré au niveau des bras dans votre veste. Par contre, il faut assumer si vous décidez de le porter simplement sur votre chemise… Pensez à Ryan Gosling qui le porte sur un t-shirt. Aïe, ça risque de passer pour un vêtement à la mode !

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VELOURS (pantalon en velours côtelé)

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Tissu en coton de couleurs vives ou sombres, avec ou sans côtes et plus ou moins larges, qui a connu ses grandes heures sur les pantalons des professeurs de la fac, dont l’aspect velouté en fait le parfait allié du style hivernal (en version côtelée appelée corduroy) et des vestes d’intérieur de soirée (en version lisse, ou velvet). Elue matière préférée des retraités, des membres de clubs et des commissaire-priseurs à l’Hôtel Drouot.

Chaque année, défilés et professionnels de la mode lui donnent sa chance pas toujours transformée auprès du grand public. Si les femmes l’ont intégré en version côtelé ultra large, les hommes restent divisés. Soit on aime, soit on déteste. Notre préférence va au costume en corduroy olive ou moutarde comme ceux de la marque anglaise Drake’s, comme les porte Wes Anderson.

 

REGULAR (comme la coupe Regular vs Slim de la chemise)

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Symbole de la chemise américaine button down, la coupe droite a longtemps été la référence avant de se faire resserrer par des pinces puis étrangler par le raz-de-marée Slim. L’Ultra Slim l’a tuée… 

Le Regular est mort, vive le Regular. Si le tout venant du prêt-à-porter ne jure encore que par le Slim, adulé par les chauffeurs Uber, la mode a depuis quelques temps délaissé l’ère “Slim-Man” pour se tourner vers l’autre extrême, l’oversize. En résulte un flottement pour la coupe Regular dont elle est l’ambassadrice : le vêtement doit flotter autour du corps comme le préconise les bons tailleurs. De la tenue et du confort.

 

BURLINGTON (chaussettes Burlington)

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Rien d’écossais dans cette marque de chaussettes née en Allemagne dans les années 1960 qui doit son succès au motif “argyle”, un losange rappelant le tartan, décliné en de multiples combinaisons de couleurs. Elle inonda les cours des collèges dans les années 1980 et revient régulièrement sur la scène bècebège

Si on l’évite avec un pantalon en flanelle, on la ressort aisément avec une paire de mocassins et un bon jean 501 pour se la jouer American College.

 

CHARENTAISES (les charentaises)

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Chaussons d’intérieur en feutrine – pour tenir bien chaud – dont la forme souvent informe ravit les pieds fréquentant les maisons de retraites et abrutit les enfants quand elle ressemble à Tigrou ou Bugs Bunny.

Les Britanniques ont les slippers, les Français ont la charentaise… Si le chausson en velvet s’accorde avec le smoking, la charentaise est plus orientée pyjama. Sans pour autant se prendre pour le Dude, il existe de jolies marques françaises qui font de la charentaise affinée dans des couleurs de sous bois : parfait pour un hiver près de la cheminée.

 

 

CARREAUX (la veste à carreaux, carreaux fenêtres, pied-de-poule, etc.)

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Formes géométriques colorées à combinaisons multiples se retrouvant principalement dans la garde-robe masculine, sur les vestes de sport ou vestes de week-end, été comme hiver et portant de pimpants noms anglais.

Qu’ils soient Prince de Galles, glencheck, hoods tooth (pied-de-coq), gunckeck ou window pane, les carreaux demeurent le symbole de la veste de sport du gentleman pour se fondre dans la campagne. Des motifs qui gardent une image aristo mais grâce à leurs nombreux détours dans la mode féminine, ils sont plus facilement acceptés aujourd’hui sur le dos des hommes. Evitez de les conjuguer avec un pantalon en velours côtelé…

 

SANTIAG (la botte mexicaine)

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Botte aux talons biseautés et au bout pointu, symbole des cow boys, icône de l’Amérique et des rockers.

Si Ralph Lauren l’incarne parfaitement dans son American Way of Life du style, elle reste très difficile à (ex)porter en Europe. Certes, pour les femmes, elle semble être régulièrement à la mode, mais pour les hommes, on lui préfère sa cousine camarguaise en nubuck – si vous tenez vraiment à porter une paire de bottes avec votre 501.

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CARRÉ (comme le foulard)

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Nom mathématique qui vaut règle d’or quand on parle d’un foulard Hermès. Symbole d’une France bourgeoise pompidolienne quand il est autour du cou des femmes, il se fait grâce en version fichu sur la tête, Américaine en ceinture, Parisienne en tour de poignet. Impossible pour un homme dans sa chemise.

Et pourtant. Si le dit foulard se noue comme un bandana, les deux pans en dehors de la chemise, que vous portez en plus un vieux cuir ou une parka Barbour tâchée, vous ressemblerez plus à un participant des Wheels and Waves qu’à votre grand oncle Albert de Neuilly.

 

Les “en devenir vers la planète mode”

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Comme la mode aime s’approprier ce qui était ringard avant, on note depuis quelques mois une tentative de branchitude à porter la chemisette (même rentrée dans le pantalon), le bermuda à pinces (si la longueur est respectée avec ses 7 cm au-dessus du genou), le bucket hat (le bob du pêcheur) ou encore le pantalon à pinces… A suivre !

G.C.