Il y a un peu moins d’un an s’ouvrait, près du Montparnasse des Années Folles, l’Institut Giacometti, sis dans un hôtel particulier Art Déco dessiné par l’artiste Paul Follot. Visite de ce Paris encore un peu secret…

Par Elsa Cau

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Lorsqu’il achète cette parcelle du 5 rue Victor Schoelcher, en 1911, l’artiste ensemblier Paul Follot (1877-1941) songe bien à ériger son hôtel particulier-manifeste. Fils d’un fabricant de papier peint, élève du célèbre Eugène Grasset, Follot s’est depuis détourné de l’Art Nouveau pour se concentrer sur un style neuf, épuré, élégant – pur, même. Architecte, décorateur et ébéniste, Follot conçoit des intérieurs complets, du sol au plafond, en passant par le mobilier et les objets.

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Bois précieux, ivoire et nacre, filets marquetés : Follot transforme les 350m2 de son hôtel, inauguré en juin 1914, en véritable showroom. L’espace se divise en deux : d’une part, l’habitation familiale, de l’autre, l’espace de travail et de présentation.

Dans l’entrée, un décor peint au pochoir encadre les vitrines présentant porcelaines et faïences dessinées par l’artiste pour la Maison Wedgewood. Au Salon, les boiseries en érable moucheté, rehaussé de filets d’ébène et de nacre, ainsi que les banquettes et la cheminée de l’alcôve dans l’atelier-bureau, soulignent toujours discrètement la présence du premier propriétaire…

Malgré la dispersion du mobilier de Follot aux enchères au fil du temps, l’homogénéité des intérieurs suffisent à créer un ensemble cohérent et vous transporte dans ce Paris Art Déco des années 1920… Et justement, les oeuvres d’Alberto Giacometti s’intègrent parfaitement dans cet ensemble merveilleusement préservé bien que modernisé.

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On flâne avec bonheur dans les quelques pièces ouvertes au public, s’arrêtant là sur un détail décoratif, là sur une sculpture en bronze… La restauration et la réhabilitation des lieux, menées d’une main de maître par le cabinet Pascal Grasso Architecture et Pierre-Antoine Gatier ACMH (la compagnie des Architectes en Chef des Monuments Historiques) avec les Ateliers de la Chapelle, n’en sont que plus saisissantes.

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Au rez-de-chaussée, c’est l’atelier reconstitué de Giacometti qu’on peut observer : tout y est, le mobilier, les objets, les murs peints par l’artiste, certaines oeuvres jamais présentées jusqu’alors de la rue Hippolyte Maindron. L’ambition de la Fondation Alberto et Annette Giacometti ? Créer un espace muséographique, d’expositions temporaires, mais aussi un lieu de recherche et d’échanges (cycles de conférences, bibliothèque, cabinet d’arts graphiques…).

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Flora Mayo et Alberto Giacometti avec le buste d’Alberto réalisé par Flora, D.R.

Jusqu’au 9 juin, justement, le duo d’artistes Teresa Hubbard et Alexander Birchler présentent à l’Institut Flora, une exposition pluridisciplinaire qui retrace le destin de Flora Mayo, apprentie-sculpteur de l’Académie de la Grande Chaumière en même temps que Giacometti, maîtresse de l’artiste.

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Le fils de Flora Mayo découvrant le buste sculpté de sa mère par Alberto Giacometti, D.R.

De recherches généalogiques (ils ont ainsi retrouvé le fils de l’artiste, qui ne soupçonnait rien du passé de sa mère) et d’archives (la correspondance entre les deux amants est particulièrement touchante) en reconstitutions (le duo a sculpté, d’après photo, le buste qu’elle avait réalisé de son amant et présente également deux films combinés avec une seule bande son) l’exposition pose plus largement la question des femmes artistes dans les académies libres parisiennes, qui ont tant fait le Montparnasse des Années Folles. Si Paris !

E.C.

 

On y va ?

Flora, jusqu’au 9 juin à l’Institut Giacometti
5, rue Victor Schoelcher, 
75014 Paris
Ouvert sur réservation via le site internet