Maurice Denis, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Paul Sérusier (et son épouse Marguerite !), Paul-Elie Ranson… Évoquer ces peintres de la fin du dix-neuvième siècle, c’est plonger dans la lumière, celle des après-midis ensoleillés des alentours parisiens, celle des soirs enchanteurs et des contrées imaginaires aux soleils rougeoyants. Et cette lumière, au-delà de la peinture, les Nabis ont voulu l’intégrer au décoratif. Le Musée du Luxembourg présente leurs travaux destinés aux intérieurs de l’époque. Pour le Beau au quotidien…  

Par Elsa Cau

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Paul Sérusier, La Vision près du torrent ou Le Rendez-vous des fées, vers 1897 © Elsa Cau pour Les Grands Ducs

D’où viennent les Nabis ? Des bancs de l’Académie Julian, l’école d’art des Grands Boulevards. Le noyau se forme autour de Paul Sérusier, qui peint, en 1888 à Pont-Aven, un petit panneau d’après les indications de Paul Gauguin, Le Talisman. L’oeuvre-manifeste est née, et fascine ses camarades d’atelier, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Henri-Gabriel Ibels et Paul-Elie Ranson. Le peintre y reprend les principes du synthétisme de Gauguin : larges aplats de couleurs, formes schématisées et rejet du détail. L’essence des Nabis est là, selon le mot de Denis : “se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdotes – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.

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Paul Sérusier, Le Talisman, L’Aven au Bois d’Amour, octobre 1888 © Musée d’Orsay, RMN-Grand Palais, RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Gauguin ne cessera d’inspirer le jeune groupe, qui découvre ses oeuvres et celles d’Emile Bernard, aux “surfaces lourdement décoratives (…) puissamment coloriées et cernées d’un trait brutal, cloisonnées” en contradiction avec les “fenêtres ouvertes sur la nature comme les tableaux des impressionnistes”.

Le Japonisme, l’imagerie d’Epinal, la stylisation romane, la peinture d’enseigne et la spiritualité mystique se mêlent aux influences du jeune groupe qui prend désormais le nom de Nabi, terme emprunté à l’hébreu biblique, signifiant “prophète”. Inventant rituels ésotériques et sobriquets, tantôt avec humour, tantôt exaltés, les Nabis s’agrandissent dès 1890 : Ker-Xavier Roussel et Edouard Vuillard sont rejoints par Jan Verkade, Georges Lacombe, Félix Vallotton puis, plus tard, par Joszef Rippl-Ronai et Aristide Maillol.

Contre l’Académisme et l’imitation du réel, les Nabis usent de leurs propres armes que sont la simplification formelle et l’ornement à foison, parfois teinté de catholicisme. Contrairement aux Impressionnistes, les Nabis se délectent des intérieurs, au point de les investir en véritables pionniers du décor moderne : boiseries, objets d’art allant du paravent au vitrail en passant par le mobilier, la tapisserie, le papier peint, l’abat-jour, l’éventail ou la céramique… Les arts décoratifs dans leur ensemble permettent au groupe d’introduire le Beau dans le quotidien, l’art dans la vie. C’est par ce biais que le Musée du Luxembourg a choisi de les présenter au grand public.

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Maurice Denis, Les trains, vers 1893, projet de papier peint © Elsa Cau pour Les Grands Ducs

Réunissant des pièces dispersées dans le monde entier, l’exposition est une véritable ode aux débuts de la modernité. La vie y est frappante : ces projets et ces oeuvres destinés aux intérieurs de l’époque sont une nette manifestation de la vie, une vie joyeuse, émouvante, colorée et lumineuse destinée à embellir le quotidien. Des valeurs intemporelles, en somme.

E.C.

Les Nabis et le décor

Musée du Luxembourg, 
19 rue de Vaugirard,
75006 Paris
Jusqu’au 30 juin 2019
Tous les jours de 10h30 à 19heures
Nocturne le lundi jusqu’à 22 heures