C’est une chose étrange comme, à l’heure du nu généralisé, un petit morceau de tissu judicieusement placé peut encore susciter le trouble chez l’homme blasé de corps dévêtus.

Par Thierry Richard

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Catherine Wilke © Slim Aarons

Nous ne craignons pas la nudité. Elle a envahi nos plages et nos espaces publicitaires depuis 68, exposant ses fesses, ses seins et ses corps alanguis à la vue de chacun ; spécificité française. Elle est même bienvenue et flamboyante quand elle s’abandonne sous nos doigts. Mais la débauche de chair a ses limites et rien ne remplace cette excitation piquante qui nous saisit lorsque le corps féminin se décide à jouer à cache-cache.

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Brigitte Bardot, D.R

Puisé dans l’Antique (on en trouve des traces chez les Romains), le bikini prend son nom et son essor au lendemain de la libération à la piscine Molitor où seule une danseuse de nue accepte de dévoiler la toute récente création de Louis Réard, fabricant de lingerie parisien. Il connaîtra le succès que l’on sait, imprimant dans nos rétines quelques images indélébiles comme Ursula Andress sortant de l’eau dans Dr No en 1962 ou Romy Schneider flirtant au bord de La Piscine en 1968.

Rien ne remplace cette excitation piquante qui nous saisit lorsque le corps féminin se décide à jouer à cache-cache.

Et c’est un petit miracle de voir, depuis 1946, le trouble renaître à chaque retour des beaux jours, lorsque les piscines sont remises en eau et les plages bien peignées se couvrent de parasols. Car sous ces ciels écrasés de chaleur viennent alors refleurir ces corps féminins que deux triangles et un soutien-gorge ne cesseront jamais de sublimer.

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Romy Schneider et Alain Delon dans La Piscine, D.R

C’est toute la magie et le mystère du bikini. Il couvre ce que la décence commune se refuse à voir mais en souligne pourtant les contours, en projette les avant-postes, en épouse les courbes les plus indécentes. Seul le nombril s’expose, au milieu d’un petit ventre arrondi d’une peau mouillée de sueur que l’on imagine brûlante. Le décolleté lui fait concurrence, lui qui toujours, étale ses volumes comme autant d’intenses promesses.

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© Harri Peccinotti, courtoisie Yasmine Eslami

Le tissu bien coupé, les harmonies de couleur en balance des peaux cuivrées, les cordages, les noeuds, les bretelles fragiles, il y a dans ce vêtement-là une charge érotique profonde. Comme le prélude lascif à l’instant magique où, abandonnant ses défenses, il laissera – enfin – entrevoir ses trésors. 

T.R