Au cinéma, le costume a son importance. Il donne de la consistance au rôle de l’acteur, jusqu’à parfois le dépasser pour devenir une icône. Indiana Jones et son blouson A1, Marlon Brando et son t-shirt blanc, De Niro et sa M-65 parka et tant d’autres… Et dans la panoplie des chiffons cultes, on vous sert le costume-cravate en onze films…

Par Guillaume Cadot

ThomasCrown1

Thomas Crown, D.R.

Soyons précis. On s’intéresse ici au costume traditionnel occidental qui depuis les années 1930 habille l’homme moderne. Le complet ou la veste-pantalon coordonnés fait l’homme à la ville comme à l’écran… De quoi vous inspirer à la rentrée, au-delà des modes et des époques…

North by Northwest

North by Northwest, D.R.

North by Northwest, 1959

Quand Alfred Hitchcock réalise La Mort aux trousses, il n’imagine pas qu’il signe la plus belle représentation de l’homme en costume gris : Cary Grant, son strict costume associé à une chemise blanche et son étonnant col ouvert, souple comme un button down collar, habillé d’une cravate gris perle à pois ultra fins.

En réalité, le costume n’est pas gris uni comme le renvoie l’image. Il s’agit d’une étoffe en laine au motif Prince de Galles très léger gris et bleu. C’est la maison Holland & Sherry qui fournit le tissu au tailleur Kilgour, French & Stanbury à Savile Row pour confectionner ce costume.

Le tailleur personnel de la star, Quintino à Beverly Hills, fit plusieurs copies du costume pour les besoins du tournage. Revoyez le film, on peut distinguer le label de la maison lors d’une scène où Cary Grant enlève sa veste.

On retient quoi ? La sobriété paie toujours en matière d’élégance surtout si la fantaisie est subtilement dissimulée !

 

thomascrown

Thomas Crown, D.R.

Thomas Crown, 1968

Vous connaissez cette scène de L’Affaire Thomas Crown, celle dans laquelle Steve McQueen porte un superbe costume Prince de Galles avec une chemise bleu azur et une cravate bleu roi ? C’est avoir vu ce spectacle qui m’a donné envie de devenir tailleur”. On ne peut qu’approuver les paroles de Frank Rostron un tailleur de Manchester, tiré du livre Hollywood Costards (ed. Assouline)…

Le trois-pièces de McQueen exprime l’originalité, le classicisme et le goût du risque tout à la fois… Comme son personnage. Le tailleur Douglas Hayward de Savile Row qui habilla aussi Roger Moore période James Bond signait ce costume avec grandes double-fentes arrières et un seul bouton au bas de manche. On le qualifie de “sartorial bravado suit”, un costume qui ne manque pas de culot !

On retient quoi ? Osez ce motif Prince de Galles, commencez par un motif léger puis montez en puissance !

 

americangigolo

American Gigolo, D.R.

American Gigolo, 1980

Avec ce film, Armani arrive au cinéma à travers Richard Gere qui porte à merveille le style italien nonchalant, les coupes fluides et les épaules structurées sous la lumière de Los Angeles… 

Qu’il endosse un croisé gris, une ensemble en lin beige ou un costume droit deux boutons sombre, Richard Gere incarne le parfait mâle successful des années 80 de la côte Ouest, corps musclé par le fitness, roulant en cabriolet, habitant dans un loft sous le soleil de L.A. Même si la coupe des vestes épaulées et pantalons oversize ont vieilli, le style reste à jamais.

On retient quoi ? Revoyez les proportions de vos costumes, la largeur donne de l’élégance et du confort ! Commencez par vous habiller à votre (vraie) taille.

 

scarface

Scarface, D.R.

Scarface, 1983

C’est le tailleur de la Paramount, Tommy Velasco, qui imagine l’iconique costume trois-pièces blanc associé à une chemise noire de Tony Montana.

Si le costume rappelle bien évidemment celui porté par John Travolta dans La Fièvre du samedi soir en 1977, incarnation parfaite du phénomène disco et de la Hustler Dance, Al Pacino lui donne une nouvelle dimension. Le couleur blanche dominante est l’image de la pureté – aussi pure que la poudre de son business, le noir est le monde de la nuit, meurtrier dans lequel il atteindra la folie. Un costume importable en l’état mais qui permet de poser l’éternelle question de la couleur claire pour un deux-pièces.

On retient quoi ? Jamais de chemise noire sauf si… Non, jamais. Pour le costume blanc, on vous en déjà parlé ici et c’est possible !

 

Goldfinger

Goldfinger, D.R.

Goldfinger, 1968

Puisqu’on parle de costume, impossible de faire l’impasse sur la garde-robe du célèbre agent secret au service de la Sa Majesté ! La version trois-pièces en laine tropicale au motif Glen Check gris et blanc, l’autre nom pour le Prince de Galles, réalisée par le tailleur Anthony Sinclair, reste une référence absolue.

Le célèbre tisseur Holland Sherry a même réédité le tissu sous la référence 644013 dans sa liasse Perennial Classic, si l’envie vous prenait ! 

Anthony Sinclair donna naissance à la Conduit Cut, le nom de la coupe des costumes de Sean Connery pour les James Bond. Et on peut encore la demander de nos jours chez les tailleurs de Savile Row… 

On retient quoi ? Encore une autre version du Prince de Galles totalement portable et plus gaie que le traditionnel gris uni.

 

Le Clan des Siciliens

Le Clan des Siciliens, D.R

Le Clan des Siciliens, 1969

A l’évocation de Jean Gabin, c’est une certaine élégance à la française des années 1950 qui se dégage… Ou tout l’art de porter le costume croisé, sublimé par son tailleur attitré Camps de Luca, épaules larges et tombantes, le pardessus en poil de chameau, l’oeil bleu aiguisé.

C’est dans la peau du gangster à l’ancienne qu’il incarne l’élégance de l’homme en costume, entouré de Ventura et Delon, dans la peau du chef de clan Manalese sanglé dans son croisé gris en flanelle, cravate sombre, chapeau mou et lunettes fumées. Une signature.

On retient quoi ? L’embonpoint n’est pas l’ennemi du veston croisé, la preuve ! N’écoutez pas les mauvais vendeurs.

 

asingleman

A Single Man, D.R

A Single Man, 2009

On a déjà écrit ici tout le bien qu’on pensait de ce film ultra-esthétique réalisé par le designer Tom Ford. En matière de costume, l’élégante sobriété défendue par Colin Firth colle parfaitement à son personnage dévasté. Le difficile costume marron sous la lumière saturée d’une Californie en cinémascope en devient très chic. Une coupe très sixties avec des revers longs et étroits rappelant la Dolce Vita.

On retient quoi ? Que la teinte brune bien choisi peut se jouer en costume parfois. A condition de trouver le tissu adéquat.

 

stavisky

Stavisky, D.R.

Stavisky, 1974

Bébel et les costumes ! Quel panache. Il incarne le style 1980 et la coupe Smalto qui l’habillera à la ville comme à l’écran. Si on met à l’écart ses déguisements et autres costumes d’époque, Jean-Paul Belmondo reflète parfaitement l’homme des années 1970-80 avec son costume à revers larges et pantalon au flare important. De quoi accentuer sa carrure de boxeur.

Mention spéciale pour le costume rayures tennis gris anthracite de l’escroc magnifique dans le film Stavisky. Une version trois-pièces qui accepte l’oeillet à la boutonnière et la cravate gris clair.

On retient quoi ? Vous avez une allergie aux carreaux ? Essayez la rayure. Il parait qu’elle affine !

 

casino

Casino, D.R

Casino, 1995

S’il existe bien un film résumant toute l’éloquence du costume et ses combinaisons possibles, c’est sans aucun doute celui de Scorsese en plein Las Vegas des années 1970. De Niro n’enfile pas moins de 45 costumes différents pendant trois heures, tous faits spécialement pour lui. Le budget de sa garde-robe aurait dépassé le million de dollars (on est en 1995 !)

Palette de couleurs extravagantes, motifs voyants, chemises à col pointu dit “forward point collar” avec cravates en satin de soie ton sur ton… Un véritable festival chromatique qui résonne avec les néons de Vegas… Bien sûr, on peut en rire et se dire qu’il est impossible de porter de tels costumes, mais retenons la phrase de Rita Ryack, chef costumière du film : “costume designer really has nothing to do with fashion. It’s creating a character; it’s storytelling.” 

On retient quoi ? Votre costume doit refléter votre personnalité, votre attitude et manière de vivre. À méditer en ouvrant son dressing.

 

wallstreet

Wall Street, D.R

Wall Street, 1987

Incarnation des yuppies des années fric à New York, Michael Douglas alias Gordon Gekko, un nom de super héros du dollar, endosse parfaitement le power suit : veste épaulée, boutonnage croisé bas, pantalon à pinces et bien-sûr la célèbre chemise à col blanc, cravate fantaisie et les bretelles.

Derrière la costume designer du film Ellen Mirojnick, c’est le travail de recherche et de stylisme du gourou américain du style Alan Flusser (son livre Dressing The Man est à lire absolument) qui a piloté le vestiaire Gekko. Ces tenues transpirent le pouvoir et la puissance de l’argent que les cheveux coiffés façon slickback style viennent renforcer… 

On retient quoi ? Toujours prendre le choix d’un costume au sérieux.

 

Otto e mezzo

Otto e mezzo, D.R

Otto e mezzo, 1963

Le film de Fellini 100% Dolce Vita. Tous les ingrédients sont réunis pour nous plonger dans une Italie du cinéma, des paparazzi et des reggazzi. Marcello Mastroianni y apparaît en complet ultra sombre à un bouton, chemise blanche et cravate noire. En guise d’accessoires, la  cigarette au bec et la paire de solaires terminent le style inimitable du séducteur.

On retient quoi ? Notre allergie au costume noir, période Costes, pourrait s’estomper en revoyant ce film. Trouvez une toile de laine très foncée, à la limite du noir, plutôt. En revanche pour la cravate, une version en tricot noir est indispensable !

G.C