“Je tiens beaucoup à ma montre, c’est mon grand-père qui me l’a vendue sur son lit de mort.” Allen Stewart Konigsberg, ça ne vous dit rien ? Mais si, Woody Allen, le roi de l’humour juif, New-yorkais, représentant l’Amérique intello dans ses films, mais n’en étant pas moins une gravure de mode… Vous vous en doutiez ? Décryptage du style Woody : le marron, c’est cool ! 

Par Guillaume Cadot

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L’histoire

Woody Allen, sur le tournage de son dernier film, Rainy Day in New York, incarne une certaine idée du chic : le sien, ou le confort et le loose qui se marient avec l’ensemble des couleurs automnales, quelle que soit la saison… Le triomphe du brun, la mollesse des matières, le tombé des coupes, tout semble attirer vers le bas, comme son air penaud.

 

On aime

En 2008, le magazine Télérama titrait “Woody Allen ou le chic mou new-yorkais”. On aime bien cette définition pour qualifier son style. Il porte le vêtement comme s’il s’était avachi sur lui. Un style loose qui colle parfaitement à sa silhouette et son air de chien battu. Une sorte de Droopy en veste de Tweed et pantalon de velours, sa signature vestimentaire.

Jeune, il incarne comme beaucoup d’acteurs américains le style Ivy League. D’ailleurs il figure honorablement dans Hollywood and the Ivy Look (éd. Reel Art Press) comme les grandes stars hollywoodienne des sixties, Clint Eastwood, James Coburn, Paul Newman, Dustin Hoffman, Anthony Perkins ou encore Steve McQueen. Il parade en veste couleur beige associée à un pantalon légèrement plus foncé, chemise bleu-outremer et cravate foncée en laine à rayures club. Sans oublier les Moscot modèle Lemtosh qu’il porte depuis son adolescence. Une marque new-yorkaise au style intello suranné… Comme lui.

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Mais il faudra attendre son film Crimes et Délits en 1990 (Crimes and Misdemeanors) pour endosser son look signature ; pantalon de velours à pinces taille haute dans des nuances taupe et un pull en shetland col rond marine, châtaigne ou vert jade. 

Quand il superpose son pardessus pied-de-poule un rien fatigué ou une parka M-65 d’un kaki bien délavé associé à un bucket hat, que dire ! Il incarne parfaitement cette espèce de cool looser magnifique avec son bob comme le revendique notre ami journaliste David Coggins avec sa barbe fournie, sa cravate tricot et ses vestes fatiguées. 

D’un look non calculé, le style Woody Allen respire le retour du confortable classique de nos grand-pères qui font le bonheur aujourd’hui de ce nouveau genre bourgeois punk mixant des pièces tailoring avec de bons accessoires populaires ; on porte une costume de flanelle lignée avec des Converse sales, on associe le fameux bob à une veste pied-de-poule en Tweed et un 501 usé, on vénère le costume de velours comme Wes Anderson avec un chemise Oxford et des mocassins fatigués.

On comprend qu’il soit mal à l’aise dans un smoking de location. Sa dégaine est une réponse à la nécessité d’être confortable dans ses vêtements.

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On retient quoi ?

Porter des lunettes Moscot. La marque du Lower East Side née en 1915 a réussi à se forger une image forte avec ses montures en acétate, ajustées, entrant dans la légende grâce à Andy Warhol, Truman Capote, James Dean, Arthur Miller et bien sûr Woody Allen. Souvent imité mais jamais égalé, Moscot cultive un style intello résolument vintage. Visitez leur boutique parisienne dans le Marais qui à ouvert il y a un an. Enfin ! 

Penser au motif chevrons pour vos vestes de sport en hiver. Vous restez sceptique devant ce motif qui vous rappelle la veste de votre grand-père ? Visionnez à nouveau Les 3 Jours du Condor avec un Robert Redford en bonnet bleu marine et veste en laine grise motif Harrington. Avec un jean délavé c’est une valeur très sûre du chic cool pour l’hiver. Le label Polo chez Ralph Lauren en propose toujours une très belle chaque saison de la couleur préférée de… Woody Allen !

Vive le bob ou le bucket hat, parce que dans le look chasse pêche et tradition, Woody Allen coche toutes les cases, y compris pour ce qui est du bob. Repris aussi bien par le street wear que les fashionistas, de nos jours il s’assume et devient une référence cool, en plus d’être pratique, associé à la Barbour… On vous en parlait ici !

On adopte le chic mou. Les Italiens ont la sprezzatura, les Anglais ont l’excentricité, les Français devraient retrouver le chic mou pas loin de celui de Woody Allen : flottant dans les vêtements, le pantalon large et remonté, des lunettes-signature, un look du terroir qui sent bon les Trente Glorieuses… Entrez dans un bar clope au bec, dégaine vague, pour commander une bière et un oeuf mayo, ça ne vous rappelle personne ? 

G.C.