Chacun a ses rituels. Après tout, voyager n’est pas toujours l’occasion de découvrir de nouveaux lieux… Parfois, le plus grand plaisir est de goûter à celui, toujours renouvelé, d’un pèlerinage annuel. 

Par Aymeric Mantoux

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D.R

Nous passons notre temps à chercher de nouvelles destinations quand nos préférées suffisent. Quand on visite pour la dixième fois le palais des Doges, on se rappelle systématiquement de notre première fois. La première fois qu’on a admiré les quatre panneaux de Tintoret, combien la ville a changé depuis ! La répétition donne du sens aux traditions annuelles.

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© Olivier Masmonteil

Cet été, l’artiste Olivier Masmonteil accrochait quatre toiles réalisées en hommage au célébrissime peintre vénitien, dans le grand salon du tout nouveau palace de la cité lacustre, le St Regis Venise. Il faut imaginer ce palais de marbre et de stuc, face à Santa Maria della Salute, pris entre la Piazza San Marco et le palazzo Grassi qui abrite les expositions de la collection Pinault. Il y a un furieux esprit Grand Duc qui traîne entre les réminiscences de Moonraker et les vapeurs de negroni du Harry’s Bar tout proche.

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D.R

Depuis les terrasses, on a vue sur le Grand Canal et on ne s’en lasse jamais. Canaletto, Turner, Monet, John Sargeant et tant d’autres sont passés ici avant nous, quand l’hôtel fondé par César Ritz portait encore le nom de Britannia, avant de s’appeler Europa & Regina, puis d’être entièrement restructuré. Grandiose, méconnaissable, il a retrouvé son lustre d’antan grâce au Français Pierre-Yves Rochon. L’immense lustre en verre de Murano n’a pas fini de dominer le ballet des convives… La salle de bal Ritz et ses fresques classées ont été restaurées à l’identique, dans cette splendeur un peu tape-à-l’oeil et crépusculaire du XIXe imaginée à l’époque par l’architecte Giulio Podesti et l’artiste Mario Spinetti. On croirait presque apercevoir Coco Chanel profitant de l’une des rares terrasses sur le canal avec son ami Orson Welles…

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D.R

Voici à quoi servent les rituels : se perdre dans le temps, et comparer d’année en année où nous étions, ce que nous faisions à telle date. Ils apportent de la symétrie à nos vies. Et peuvent justifier quelques excès, comme piller le bar de l’hôtel, avec sa vue sur San Giorgio Maggiore – qu’a justement peinte Monet du premier étage en 1908.

Le lendemain matin de notre arrivée, on prend le chemin du Rialto, bravant les périls de l’Acqua Alta (oui, on aime Venise en toutes conditions), après avoir traversé la place St Marc. Le détour par le marché est incontournable, comme l’est la visite de la Punta della Dogana ou de l’Arsenale et des Giardini lorsque la Biennale bat son plein.

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Au bar du St Regis, D.R

Le soir, un spritz au comptoir du Florian puis un diner à Anice Stellato. Les habitudes, on vous dit…  Quand a-t-on commencé à aimer Venise ? Allez savoir. Mais ces traditions renforcent ce en quoi l’on croit. En voyage, nos sens sont en éveil. Et on s’en souviendra longtemps.

Passer un week-end à Venise ne peut jamais être affaire de modestie. A la OSS style, on optera donc pour le bateau privé lors des longs déplacements, les tenues élégantes pour sortir et les grands vins de Montepulciano, comme ceux servis à l’Osteria San Marco. Au St Regis, il faudra demander la suite Monet (décorée de toiles de Masmonteil). Si -et seulement si- elle est occupée, vous pourrez toujours vous rabattre sur l’une des junior suites où dessins et lithographies originales de l’artiste vous feront penser qu’il fait bon être là, à cet endroit, à ce moment précis. Comme dans ses toiles, le passé et le présent sont parfaitement alignés.

A.M