En plébiscitant ses créations fantasques et colorées, le monde de la mode a fait une star du chapelier irlando-parisien Anthony Peto. Loin de ces considérations, l’artisan amoureux du beau savoir-faire traditionnel, dont les ateliers du centre de Paris sont parmi les derniers de la capitale, nous a ouvert ses portes…

Par Frédéric Brun | Photographies © Thibaud Robic

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Anthony Peto travaille à la tête du client. Officiellement, il est chapelier. Mais une longue et chaleureuse conversation avec lui, à la faveur d’une visite de ses ateliers au cœur de Paris, permet de se convaincre que ce n’est qu’une couverture. Comme lorsqu’il était, dans des vies antérieures, éditeur d’un magazine d’art, directeur d’une troupe de théâtre, ou organisateur d’évènements caritatifs. Ce qui l’intéresse avant tout, c’est ce qui se passe dans la tête. Il aurait pu être psychologue, mais il a préféré devenir chapelier. Comme une approche extérieure du sujet, pour mieux traiter le patient avec une élégante désinvolture.

Une manière de cacher son jeu. C’est le cas quand il se balade dans les rues de Dublin ou de Paris incognito, c’est-à-dire tête nue, pour piocher des inspirations parmi les passants et leur manière de se couvrir. « Bien sûr certaines formes de casquettes, de chapeaux, ou même de bonnets vont mieux à certains types de visages, mais, en fait, je ne sais pas ce que c’est qu’une « tête à chapeaux ». Je ne me pose pas la question. La morphologie est assez secondaire. Ce qui compte, c’est la confiance que l’on a en soi lorsque l’on porte un chapeau. Alors, on peut tout porter et tout passe. C’est l’attitude qui donne de l’élégance au chapeau et non le chapeau qui rend l’homme élégant. »

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« C’est l’attitude qui donne de l’élégance au chapeau et non le chapeau qui rend élégant » – Anthony Peto

 

C’est le goût pour cet artisanat ancestral qui l’a poussé à devenir chapelier. Ancré à Paris, ce londonien de naissance, irlandais d’origine, a fait le choix d’y créer un atelier. Il l’a installé rue Saint-Denis, en étage.

Là, des gabarits en fonte d’aluminium, chauffées au gaz, permettent toujours de donner forme aux chapeaux, sous les doigts agiles des artisans. Le haut-de-forme est un totem. « Comme pour beaucoup de mes confrères, je n’échappe pas à l’influence du Chapelier fou de Lewis Carroll dans Alice au pays des Merveilles, avec son envie permanente de créer. D’ailleurs au début du lancement de l’entreprise, j’ai eu cette conversation avec mon ami Pierre Le-Tan. C’est lui qui a dessiné notre emblème, ce haut-de-forme en partie classique, en partie fantaisiste. C’est notre carte de visite. Très souvent, j’inclus dans mes collections une version modernisée que l’on peut très bien porter tous les jours dans les rues de Paris. »

Le feutre, en particulier le feutre taupé, c’est-à-dire d’aspect soyeux, généralement obtenu par foulage de poils de lapin ou d’autres animaux, tels que la taupe (d’où son nom), le castor, rat musqué, ou le lièvre aux poils plus longs, reste la matière de prédilection d’Anthony Peto. Même s’il confesse volontiers son plaisir de travailler toutes sortes de textiles à l’occasion, au gré de son inspiration ou des commandes, qu’il s’agisse d’un couvre-chef réalisé sur-mesure à la demande d’un client, ou des demandes les plus variées et extravagantes pour des spectacles ou des grandes maisons de mode. Il y a aussi les capelines et les panamas plus légers.

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Environ 60 mètres de ruban de « paille d’Italie » sont nécessaires pour façonner la coiffe de base. D’un mouvement régulier d’enroulement, l’artisan démarre par une sorte d’escargot, prenant forme sous la morsure régulière de la petite machine à coudre ancienne. « C’est la comédie de Labiche, Un chapeau de paille d’Italie, qui va populariser à Paris et donc dans la mode cette matière légère et souple, à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle. Le nom est resté, mais, en fait, c’est toujours d’Italie que vient la meilleure matière première », précise-t-il en connaisseur.

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Attentif au moindre détail, il prend le temps de discuter, dans un français si exquis qu’on se délecte d’y traquer une pointe d’accent irlandais, avec chaque modiste affairé à la pose de rubans, de plumes ou du galon de doublure, pour examiner les nouvelles pièces qui vont bientôt sortir de l’atelier ou vérifier les prototypes. « Je les essaye tous, bien entendu, même les chapeaux pour dames. Pour être certain qu’ils seront confortables à porter, équilibrés et pas trop lourds. C’est très important aujourd’hui. »

Acquiesçant à l’idée que le chapeau est désormais libéré des conventions sociales et des usages formels, à de rares exceptions près, le créateur assume son goût de la couleur et de la fantaisie, parfois empreinte d’une once de dérision. Il serait difficile de faire la tête…

F.B

 

On découvre ?
Anthony Peto, sur rendez-vous
56, rue Tiquetonne à Paris 1er