Si le faitout fait partie intégrante du paysage des cuisines françaises depuis près d’un siècle, il n’a pourtant pas pris une ride. Coiffée d’un couvercle et garnie de poignées latérales, la traditionnelle cocotte incarne toujours le parfait allié des gourmands pour faire mijoter plats en sauce carnivores comme végétariens. Chronique.

Par Johanna Colombatti

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La cocotte, symbole « bonne bouffe » à la française

L’ustensile trouve son origine dans le chaudron en laiton de l’Antiquité, qui évolue au Moyen-Âge pour prendre la forme que nous lui connaissons aujourd’hui, fabriqué alors en cuivre ou en fer. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’apparaît la version en fonte, présentant de nombreux avantages comme celui de chauffer progressivement et de diffuser une chaleur homogène afin de préserver les saveurs les plus subtiles. Les vieux fourneaux font désormais la part belle à la cocotte…

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Cocottes Enzo Mari (à gauche et à droite) et Raymond Leowy (au centre) proposes par le galeriste Pierre-François Garcier © Pierre-François Garcier

On doit à la marque historique Le Creuset sa version modernisée qu’elle commercialise dès 1925. La cocotte revêt dans les années folles de nouveaux atours : elle est dès lors émaillée (à la main !) afin d’éviter la formation de rouille, et permettre ainsi une utilisation prolongée dans le temps, voire la transmission de génération en génération de cet incontournable accessoire de la cuisine française. Nulle discontinuité dans le goût des foyers français (aussi souvent japonais et américains) pour cette pièce populaire incarnant un véritable objet de désir. Madeleine de Proust pour les uns, appropriation d’un art de vivre à la française pour les autres, la « Grande Bouffe » a toujours la cote et on trouve depuis quelques années sur le marché des antiquités de jeunes marchands qui œuvrent à valoriser les versions vintage de ces objets désormais iconiques.

Il en va ainsi du galeriste d’art moderne Pierre-François Garcier, collectionneur compulsif de cocottes, qui exposait en 2018 les plus belles pièces de sa collection de design culinaire au château de Dampierre-sur-Boutonne, offrant au public la possibilité de découvrir ces modèles dans leur version d’origine. C’est que l’attrait pour la cocotte ne l’a jamais quitté, lui qui fut initié à la chine de ces ustensiles dès son plus jeune âge par un père médecin passionné de cuisine.

Et s’il estime aujourd’hui posséder une centaine de pièces de diverses époques, il n’a certainement aucune envie de tout conserver sagement sur les étagères de son stockage normand. Son ambition est plutôt de faire prendre conscience au public qu’une cocotte peut être tout aussi désirable qu’une belle toile, et de faire reconnaître à ces objets populaires une véritable dimension artistique car dans tous les cas, il n’est toujours question que de pop culture. Abolition de la hiérarchie des genres proclamée, « C’est le regardeur qui fait l’œuvre » comme dirait Marcel Duchamp.

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Sous l’égide des designers

Car sous le prisme de la bonne chaire, de nombreux designer de talent se sont ainsi succédés pour répondre à l’invitation de la maison Le Creuset afin de prêter leurs crayons à la célèbre marmite orange.

Raymond Loewy (on vous en avait déjà parlé ici), reconnu comme le fondateur du design industriel, ayant adopté le fameux « il faut être une œuvre d’art ou en porter une » d’Oscar Wilde, prône l’idée que « la laideur se vend mal« . Dans son ouvrage éponyme, il dresse le constat qu’ « on fabriquait à tort et à travers ascenseurs, moulins à café, grues mécaniques, etc, avec pour seule préoccupation que « ça marche ». Quand vint l’ère de la production en masse, le pays fut inondé de produits souvent de bonne qualité, mais disgracieux et coûteux. » Il décide alors d’investir d’une touche esthétique ces objets utilitaires produits en masse, soutenant l’idée que le beau doit être accessible à tous. De son goût pour la vitesse, on retrouve les lignes profilées et futuristes qu’il donne à la cocotte Le Creuset en 1958, baptisée La Coquelle, qui sera produite jusqu’en 1975.

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Dans les années 1970, c’est au tour d’Enzo Mari, fameux designer italien précurseur du DIY, de se jeter dans le bain de la marmite avec la série Mama, conçue tout en rondeurs réconfortantes, tandis que les années 80 marqueront un revival de l’esthétique moderniste pour la marque avec la gamme Futura conçue par le designer Jean-Louis Barrault formé en début de carrière… dans l’agence française de Raymond Loewy !

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La collection Star Wars © Le Creuset 2019-2020

Si cet objet bien typique a traversé les âges, revêtu des couleurs les plus osées, et orné les tables les plus insolites, l’époque contemporaine n’est pas en reste puisque Le Creuset opère un retour vers le futur avec sa nouvelle ligne Star Wars rendant un hommage plein d’humour à la saga étoilée. Qui a dit que la cocotte était cuite ?

J.C

Pour chiner les cocottes (et d’autres pièces de design à petits prix) de Pierre-François Garcier sur instagram, rendez-vous sur @1981store