Avec l’exposition qui lui est consacrée à la Fondation Louis Vuitton, impossible d’ignorer que Charlotte Perriand a dessiné la station des Arcs, parsemés de quelques chalets iconiques. Mais elle n’est pas la seule. En altitude, les starchitectes se poussent du col.

Par Aymeric Mantoux

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Les « Pointus » ou chalets Taillefer, D.R

1. Les Arcs (Savoie)

Ceux qui ont entrepris de construire la montagne au XXe siècle ont été contraints de faire avec Charlotte Perriand. Grande skieuse, très sportive, elle avait démarré ses réflexions sur l’architecture de loisir dans les années 1930.

les arcs

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Mais c’est 40 ans plus tard, dans la station de Savoie, qu’elle s’en donne à cœur joie : c’est elle qui a conçu l’urbanisme, l’architecture, le mobilier et l’aménagement intérieur d’une façon révolutionnaire (1600-1800-2000). Elle imagine des allers-retours intérieur-extérieur et des correspondances centrales. On n’a jamais fait mieux et son mobilier est aujourd’hui collector. Et si vous voulez en lire un peu plus sur Les Arcs, on en avait parlé par ici… 

 

2. Les chalets Taillefer (Savoie)

On les appelle les Pointus. Eux, ce sont les trésors cachés entre les sapins, semés là par un menuisier charpentier, Bernard Taillefer, tellement inconnu que longtemps d’aucuns ont cru que ces tentes d’un nouveau genre étaient dues à Charlotte Perriand. Construits à partir de 1971, en forme de tipis, cette trentaine de petits chalets évoquent les tentes caractéristiques des tribus nomades indiennes d’Amérique du nord.

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En réalité, Bernard Taillefer s’est inspiré du Trigon, le chalet des Venger, fameux architectes suisses, édifié en 1956. Certains pans ont été remplacés par de grandes bases vitrées qui cadrent le paysage selon les grands principes fondateurs de Perriand aux Arcs.  A l’intérieur, la distribution a été conçue en étoile autour du poêle selon des principes d’économie de matière et de mise en œuvre. A tel point que les acheteurs devaient pouvoir les monter eux-mêmes, tant c’était simple.

 

3. Le chalet Perriand Méribel (Savoie)

On vous l’avait dit, que la mère Charlotte, en avait sous le pied… ou plutôt sous les planches. Dix ans avant de concevoir les Arcs, la montagnarde chevronnée, qui avait effectué quelques missions à Méribel, décide de construire son propre chalet sur un terrain que le promoteur lui avait offert en contrepartie.

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Pierre, verre, bois, Perriand s’affranchit de l’architecture montagnarde traditionnelle pour ouvrir la façade sur le paysage, et prolonge l’intérieur du chalet par des prolongations extérieures en bois qui sont suspendues, comme en porte à faux. Peu de meubles, des cloisons coulissantes, des espaces flexibles, on y sent l’inspiration japonaise de l’architecte. Pourtant, c’est toujours la tradition rurale des siècles passés où trois générations cohabitaient, et un sentiment humaniste qui domine ses choix. Tout respire l’utilité et l’art de vivre sans sacrifier l’un à l’autre.

 

4. Avoriaz (Haute-Savoie)

Une station entière construite ex abrupto d’après la vision d’un promoteur, Gérard Brémond (oui oui, celui des sublimes villages Pierre et Vacances !) dans les années 1970. Voilà Avoriaz, dont on vous avait déjà parlé il y a quelques années. Totalement piéton, tout en bois, où l’on circule par des ascenseurs entre les immeubles ou en calèche. Labro, Orzono et Roques, les architectes, ont cherché à évoquer les mélèzes, ces lignes de crêtes rocheuses à travers une expression mimétique et organique (autre chose que leur projet atroce de la colline de Saint-Cloud…), dans une démarche que n’aurait pas renié Jacques Couëlle.

A peine trentenaire, le trio se voit offrir l’opportunité de créer une ville sortie d’un plateau rocheux en haut d’une falaise ! Au fur et à mesure, partant d’une feuille blanche, ils inventent tout et s’adaptent, à l’image de cet immeuble qui avait deux étages de trop, qu’il sont contraints de démolir.

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Le premier immeuble sort de terre en 1966, il comprend tout le souffle et l’ambition architecturale d’Avoriaz : façades inclinées, toitures à débord pour retenir la neige, structures qui épousent le relief du terrain, soubassements en pierre comme l’habitat vernaculaire, habillages en lambris de bois façon pommes de pins avec des tavaillons de mélèze et de cèdre rouge, rappelant les structures traditionnelles du pays. Cinquante ans plus tard, le geste est encore plus remarquable.

 

5. Le refuge du Mont Rose (Zermatt, Suisse)

Les alpinistes, sans doute avec les architectes, partagent le privilège de connaître ce refuge des alpes suisses baptisé « Le cristal de roche » par les autochtones. Edifiée par Bearth & Deplazes Architectes à 2883 mètres l’altitude, son ossature de bois a été recouverte d’un revêtement métallique qui lui donne cet aspect si futuriste. Pionnier, le bâtiment couvre la quasi-totalité de ses besoins en chaleur et en eau en puisant naturellement dans son environnement.

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Pour l’atteindre, il faut traverser le glacier du Gorner et chausser ses crampons… Mais cette cabane vaut le coup d’œil et on peut bien entendu y passer la nuit, hiver comme été, et profiter du panorama sur les massifs environnants à plus de 4000 mètres.

 

6. Eglise de San Giovanni Battista (Mogno, Italie)

C’est en 1995 que l’architecte transalpin Mario Botta a dessiné et construit cette église au fond de la Valle Magia, dans le canton du Tessin, à partir de pierres locales traditionnelles. Les lignes sont pures, très contemporaines, mais la filiation avec l’environnement, le tellurisme du lieu, sont évidentes.

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L’église a été construite en lieu et place d’une ancienne chapelle détruite dix ans auparavant par une coulée d’avalanche… Ce qui explique en partie son austérité et sa forme elliptique à toit incliné. L’intérieur est composé de strates de pierres sombres et claires alternées, en damier ou mosaïque. Très controversé à l’origine, l’édifice est aujourd’hui célébré dans le monde entier. Sans fenêtres, il n’est éclairé que par la lumière provenant du toit en verre, du jamais vu dans un bâtiment religieux…

 

7. Thermes de Vals (Vals, Suisse)

On ne présente plus l’architecte suisse Peter Zumthor. Ses termes situés au sein de l’hôtel 7132, dans le canton des grisons, apparaissent à chaque fois dans le palmarès des architectures les plus frappantes des années 1990. Normal, l’ami helvète leur doit d’avoir reçu en 2009 le prix Pritzker, qui n’est rien d’autre que le Nobel des architectes, excusez du peu.

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Cela dit les thermes sont remarquables à la fois par leur enfouissement, respectueux du paysage, mais aussi par leur aspect, celui d’un monolithe de pierres, extraites des carrières voisines, mais aussi par leur toit végétal, et de nombreuses innovations (absence de porte, joints en verre…). Nos plus assidus lecteurs auront reconnu l’architecture dans une série de photos mythiques de Laetitia Casta, signée Dominique Issermann, que notre amie Laurène B (pour ne pas la citer), avait chroniquée il y a quelques temps.

 

8. Grand Hotel Tschuggen (Arosa, Suisse)

Rival de Zumthor, Botta réalise ce spa pour un palace de la vallée du Schanfigg (canton des grisons), plusieurs années après le Vals de Zumthor. Difficile de ne pas y voir un lien, fut-il totalement en opposition en termes de styles.

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Téléphérique privé, toutes voiles colorées dehors, comment ne pas y voir la réponse du maximalisme au minimalisme de Zumthor ? D’une certaine manière, c’est aussi une façon très pertinente de tenir compte de l’environnement que de le mimiquer de la sorte, avec des arrêtes évoquant les sommets des montagnes. Et au moins, les structures de Mario Botta ne risquent pas de se confondre avec la nature environnante.

 

9. House to Watch the Sunset (Tarasp, Suisse)

L’artiste contemporain Not Vital a conçu en 2018 cette construction qui de prime abord pourrait ressembler à une chapelle ou une croix plantée symboliquement en terre sainte. Peintre, sculpteur, designer et concepteur de lieux, le Suisse voit l’univers avec un prisme bien particulier et d’une façon très élégante.

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A la fois comme dans un James Bond, mais également plus poétique, sa structure surgit en haut des montagnes suisses comme un champignon. « J’ai été heureux de travailler avec un ingénieur, expliquait alors Vital. Je voulais quelque chose qui disparaisse ». C’est en quelques semaines qu’il a érigé cette maison en terre avec ses trois escaliers et sa végétation envahissante. Une forme pyramidale qui ne ressemble à aucune autre. « Quand on fait une maison pour regarder le coucher du soleil, expliquait-il, alors on a un but. La vie là-bas est secondaire« .

A.M