Tout fout le camp, les millenials lisent l’heure sur leur iphone. Il fallait bien un Gaulois pour inventer le village de la résistance à l’empire. Nous l’avons trouvé.

Par Aymeric Mantoux

trilobe1

D.R

Pourquoi diable se prendre le chou à concevoir une montre dont la principale qualité serait d’offrir, tout simplement, la lecture de l’heure, quand on peut faire l’inverse ? C’est exactement ce que s’est dit Gautier Massonneau, le fondateur de Trilobe. On pourrait, à tort, le croire énarque ou polytechnicien, la faute à son motto qui semble être « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué »… Que nenni.

Ce passionné d’horlogerie, de mécanique et du temps qui s’écoule le plus lentement possible, n’a travaillé ni à Bercy ni auprès d’Emmanuel Macron. La réalité c’est que plus personne n’a besoin d’une montre. On peut lire l’heure partout, au bureau ou sur son scooter électrique (attention, Anne Hidalgo nous lit sans doute, à moins que ce ne soit Greta Thunberg ou sa sœur).

Forts de ce constat, la plupart des entrepreneurs à la recherche de business plans juteux ou de quick wins auraient détalé. Gautier, lui, s’est dit qu’il fallait être créatif et proposer une nouvelle manière de lire le temps. Rien que ça. Les plus grands horlogers s’y sont cassé les dents. En même temps, les plus grands horlogers sont ceux qui n’ont eu de cesse, depuis la Renaissance, de concevoir des garde temps de plus en plus sophistiqués, embarquant des complications qui ne seraient jamais sorties d’un cerveau en bonne santé. Alors…

Après des années à faire autre chose, il a souhaité proposer un garde temps qui porte bien son nom et qui ne nécessite pas des allers-retours intempestifs au comptoir SAV chez votre horloger de famille pour une Baume et Mercier, une IWC ou une Tag Heuer qui fait des siennes (et qui de toutes façons n’a jamais vraiment donné l’heure exacte depuis que vous l’avez). Pour cela, aidé par un horloger chevronné, il a mis au point une lecture du temps décentrée avec un mécanisme mécanique automatique conçu en France mais fabriqué en Suisse. Et déposé au passage quelques brevets.

trilobe4

D.R

Vous me direz, il n’est pas le premier. D’autres illustres maisons ont proposé au fil du temps des variations autour des heures mystérieuses, des complications poétiques et autres montres à la lecture du temps pour le moins alambiquées. Parmi elles, Hermès, ou HYT entre autres ont produit des montres sur lesquelles on n’arrive pas à lire l’heure. Vous me direz aussi que ces dernières années, avec la vogue du crowdfunding et du made in France (ou Swiss pour l’horlogerie, plutôt), les projets et les pseudo-créations de marques se sont multipliées. C’est vrai.

Mais le mérite de Trilobe est multiple. D’abord il a été jusqu’au bout et ses montres ont été produites en toute indépendance après 3 ans de R&D. Elles séduisent des points de vente et des clients dans le monde entier. Elles sont de belle facture, élégantes et apportent une solution poétique – d’aucuns en Helvétie diraient quelques grammes de finesse dans un monde de brutes- à la lecture du temps.

Trilobe réinvente l’horlogerie en faisant exploser ses carcans… et notamment en supprimant les aiguilles ! Sur base de mouvement ETA modifié, des anneaux rotatifs comportant des graduations bougent, tandis que les indicateurs sont fixes. Une gageure qu’il faut quelques minutes pour apprivoiser ! Le squelettage du cadran est en forme de trilobe, une figure géométrique qui a inspiré, notamment, l’architecture religieuse au Moyen Âge.

Au menu de la collection Les Matinaux, inspirée par le poète René Char, huit variations, aussi énigmatiques qu’un morceau de piano par Glenn Gould. Mais ce n’est que le début, d’autres surprises horlogères sont en préparation. Tant mieux.

A.M