L’homme possède la discrétion des vêtements qu’il porte. Nicolas Godin, co-fondateur du duo Air, évoque le vêtement avec précision et rigueur comme les sons qu’il distille depuis 1995 avec son comparse Jean-Benoît Dunckel, et aujourd’hui avec son nouvel album solo, “Concrete and Glass”. On a parlé de la French Touch comme d’un art de vivre et de style, au milieu de son studio d’enregistrement aux dimensions aussi précises que col de sa chemise Charvet.

Propos recueillis par Guillaume Cadot | Photographie à la une © Camille Vivier

Nicolas Godin Elsa Cau

Nicolas Godin dans son studio d’enregistrement, à Paris © Elsa Cau pour Les Grands Ducs

Quel est ton rapport au vêtement ?

Il est très compliqué. Le vêtement m’intéresse beaucoup, et j’aime une certaine forme de classicisme. Plus jeune, j’avais les cheveux très roux,  j’ai donc cherché une certaine discrétion dans le vêtement, dans ses couleurs et ses motifs. Et la neutralité m’a amené au style classique. Je ne voulais pas paraître exubérant. Il me fallait une attache sobre pour rééquilibrer l’ensemble !

Ta première pièce fétiche ?

Adolescent, j’ai grandi à Versailles. On allait à la Western Boutique, un magasin du centre commercial Parly 2 : c’est là-bas que j’ai acheté mon premier jeans 501. Il y avait  beaucoup de codes vestimentaires à Versailles à l’époque ! Tu ne pouvais pas entrer dans certaines soirées si, par exemple, tu n’avais pas de Weston ! On devait les porter avec une paire de chaussettes Burlington. il y avait une sorte d’étiquette…

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© Elsa Cau pour Les Grands Ducs

Te souviens-tu de ton premier jeans ?

Quand j’étais gamin j’avais des jeans Wrangler mais surtout les jeans en corduroy de couleur, genre bordeaux. Ensuite, il y a eu les 501 chez Western Boutique, jusqu’à la découverte de la boutique SAP dans le 16ème à Paris qui proposait les 501 avec la bonne longueur ! Ca change tout.

Ta tenue préférée, celle qui te caractérise le mieux, ta signature ?

Sans hésiter, la chemise bleu ciel. Soit à fines rayures, soit unie. J’ai dessiné mon col de chemise chez Charvet. Il fait 6,5 cm de haut. Je suis très précis sur la hauteur de col, je suis arrivé à un bon équilibre pour moi en fonction de ma morphologie. C’est un col français mais un peu plus court, que je laisse ouvert. Porté sous une veste de costume on ne voit pas les pointes dépasser. Avec un jean et une paire de mocassins Weston. C’est tout.

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© Camille Vivier

“J’ai un petit côté fringues de papy.” – Nicolas Godin

Une pièce ringarde que tu adores dans ton dressing ?

J’ai un petit côté fringues de papy. J’ai deux gilets achetés chez Old England avec des poches sur les côtés. Un beige et un bleu. Le beige, je l’ai donné à Mathias Kiss car il aimait bien ce look papy. J’ai gardé le bleu.

Pour ou contre la cravate au bureau ?

Mon rêve serait de porter un costume-cravate pour aller travailler ! Mais je me vois mal arriver en studio habillé ainsi… J’en ai parlé à Vincent Lindon au dernier Festival du Film de Deauville, il en porte souvent. Il m’a encouragé à le faire, m’a dit qu’il fallait s’en foutre, comme Bryan Ferry. Le problème est que je joue de la basse et ça déforme la veste. Mais comme je fais faire mes costumes chez un super tailleur – Kenjiro Suzuki – et que j’ai maintenant 50 ans, je peux assumer !

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© Camille Vivier

Porter des sneakers après 40 ans c’est concevable ?

Tout dépend de la paire de sneakers. Je suis quelqu’un de très nostalgique. J’aime les tennis Nike de McEnroe : les Nike Tennis Classic (aussi appelées Nike Tennis “Wimbledon”, ndlr) avec la virgule bleu pâle du début des années 80. Je ne peux rien porter d’autre. Elles sont pour moi un classique comme une Fender Telecaster, ou une paire de Weston. Des intemporels.

Plutôt blazer ou cuir ? 

Je n’aime pas le cuir. Ca pèse une tonne et ça pue. J’aime le blazer. J’ai une veste croisée Lanvin qui me va pas mal. J’ai un blazer droit Dior époque Hedi Slimane qui date de 2002, un bleu très sombre presque noir qui est très bien coupé.

Si tu ne devais garder qu’une pièce de ton dressing ?

Ma chemise bleue Charvet, que j’ai dessinée. Je l’ai en plusieurs exemplaires.

Une référence style ?

Sans hésiter, Jean d’Ormesson. Un style total. Le costume en flanelle grise avec la chemise bleue et la cravate noire. Il les porte comme s’il était né avec. C’est ça, le style. Porter le vêtement sans effort. C’est comme la création d’un tableau, d’une musique. On ne doit pas sentir l’effort. On ne doit en voir que le charisme qui s’en dégage.

“La première chose que je fais quand je me lève, c’est de me recoucher.” – Nicolas Godin

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© Camille Vivier

La tenue idéale pour aller taper un casse-croûte au comptoir ?

Je n’aime pas les bistrots. Je n’aime pas aller au comptoir prendre un café ni grignoter un jambon-beurre. Cela ne m’attire pas. C’est pourtant tellement Parisien, tellement Français, mais moi qui aime cet art de vivre, je n’y arrive pas.

Le matin est sacré, je reste chez moi. Je ne sors jamais de chez moi avant deux heures de l’après-midi, je déjeune à la maison. C’est la grande chance et l’habitude des musiciens. On travaille au moment où les gens rentrent chez eux quand on est en tournée !

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© Elsa Cau pour Les Grands Ducs

On peut cependant débarquer à l’improviste chez moi le matin, je suis toujours présentable, en pyjama et robe de chambre Charvet. J’ai quatre robes de chambre suivant les saisons, idem pour les pyjamas bleus. A partir du mois de mai je porte des kimonos. Et là, il y a beaucoup d’imprimés ! Bon, cela dit, je trouvais sympathique d’avoir des goûts de vieux quand j’étais jeune, maintenant je commence à tiquer… Je commence à me Jean Gabaniser.

G.C