Attention, Mesdames et Messieurs ! Le spectacle va commencer… Plus de 1000 véhicules vont donner la parade, cette semaine à Paris, pour le plaisir gourmand des amateurs de l’automobile et de la moto ancienne. En coulisses de Rétromobile, les acteurs de ce petit monde enchanté préparent leurs stands. Visite guidée, aux petites heures du jour.

Par Frédéric Brun (texte et photographies)

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Les amoureux de l’huile de ricin en seront pour leur frais. A cette heure-là, il faut se contenter d’une vague odeur de cigarette. Pour le fumet de l’entrecôte ou la fraîcheur des huîtres, prière de filer à Rungis. Ici, Porte de Versailles, il est question d’autos. Les chauffeurs arrivent à peine, garent leurs semi-remorques. Paris se frotte les yeux. L’air humide pique un peu. Quelques citadins descendent déjà dans le métro. Le refrain de Lanzmann et Dutronc est connu. Il n’est pas interdit de siffloter un couplet. Ne serait-ce que pour se mettre dans l’ambiance…

Les premières ridelles s’ouvrent. Dans l’entrebâillement se devinent quelques carrosseries mélangées. Les portes des vastes halles d’exposition sont encore closes. Sous un réverbère, deux exposants confinés sous le toit pagode de leur Mercedes écoutent la radio, les veilleuses allumées, comme s’ils étaient en planque. Une Hispano-Suiza s’ébroue, une Porsche de course tousse pour se mettre en branle. Tout va bientôt s’accélérer.

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Porsche 904 GTS

A l’intérieur, Guillaume Le Métayer est déjà en train de vérifier que les menuisiers ont bien suivi les consignes pour l’abord du stand. Présente pour la troisième année consécutive, la maison de négoce française Historic Cars, est très bien placée le long de l’une des artères principales, à la croisée d’autres grands marchands européens. « Ici, c’est un peu l’Avenue Montaigne de Rétromobile… » confie Guillaume avec enthousiasme. La moquette gris fumé est encore protégée par sa gangue de plastique, mais le stand prendra bientôt des allures de défilé de haute couture, en accueillant des autos faites main.

Pour le moment, ce sont les grues et les transpalettes qui s’animent en tous sens pour accrocher les signalétiques ou apporter des structures. La journée entière ne sera pas de trop pour faire naître le vaste décor éphémère des quelques 620 stands, répartis sur 72 000 m2. L’an dernier, 135 000 visiteurs se sont pressés à Rétromobile. Beaucoup reviendront, c’est certain pour cette 45ème édition au programme varié, apte à satisfaire tout type d’amateur, du connaisseur au bricoleur, du béotien au grand clerc. Tous les métissages sont envisageables.

De la première voiture de course du sorcier Amédée Gordini, sur le stand des assurances AON AveC, à une exposition rare de Tatra, constructeur Tchèque d’avant-garde, les découvertes ne manqueront pas, surtout en y ajoutant tracteurs et autres blindés. Cette Jaguar XK120 fuselée, avec sa bulle de Pespex sur le conducteur, ne sort pas d’un album de Blake & Mortimer mais bien tout de même d’une histoire belge : c’est, en effet, à Jabbeke que cette auto atteignit l’incroyable vitesse de 126 mph (soit 201 km/h pour qui ne connaît les mesures impériales), devenant ainsi la voiture de série la plus rapide du monde en 1953. Il se dit même qu’elle aurait pu atteindre 136 mph (219 km/h) aux mains du pilote d’essai de la marque, Ron  « Soppy » Sutton. En tout, plus de 1000 véhicules qui vont bientôt arriver. Les habitués retrouvent des copains. Les exposants se saluent en allemand ou en italien.

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BMW M1

Sur le stand de Max Girardo, une BMW M1 sert de contraste entre toutes les Alfa Romeo et les Ferrari. Manoeuvrant une Aston Martin de compétition, Dylan Miles, juste débarqué, se félicite d’avoir fait passer ses autos entre les mailles du Brexit. Un grondement secoue l’air : sur le stand de Kidstone, une des 19 Aston Martin DB4 GT Zagato connue se dirige vers son podium. Christoph Grohe tire dans les coins, avec une Avions Voisin carrossée par Weymann – alliance de deux aviateurs – et une Stutz viennoise. Les ouvriers agrafent des bandes de tissus noirs pour délimiter des espaces. Comment ne pas prendre une minute de silence pour marquer le deuil de Marc Nicolosi, récemment décédé ? Ce fédérateur de talent avait eu l’idée, le premier, de ce rassemblement d’amateurs d’anciennes, à mi-chemin entre la bourse d’échange et l’exposition muséale éphémère. Un genre qui a fait tache d’huile depuis, et dont Rétromobile reste la matrice et le mètre-étalon. Si quelques larmes viennent aux yeux, c’est de la faute des gaz d’échappements…

Les gourmets repèrent le type de moteur à l’odeur. Pourtant, la plupart des autos prend place à la seule force des bras. Guillaume est prêt, il n’attend que son associé et partenaire, Gaël Régent. Pas de camion pour ces spécialistes parisiens, mais une brève randonnée matinale, pour goûter l’aurore blême et dégourdir les machines, avant une semaine de lumières crues et d’immobilité. Les manutentionnaires tournent la tête, les électriciens se redressent : voici le cortège. Les deux carrosseries argentées s’avancent dans un feulement.

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Dylan Miles et une Brough Superior

La Porsche 904 GTS arbore ses bandes tricolores, comme un héros ses décorations sur le revers d’un costume de flanelle. Elle en a vu d’autres, cette voiture. Surtout de la piste, quand elle brillait en compétition. A touche-touche, pilotée par un expert, la Mercedes-Benz 300 SL se faufile dans son ombre. S’est-elle arrêtée en venant sur le pont de Bir-Hakeim, comme dans Ascenseur pour l’échafaud ? Elle n’a nul besoin de faire son cinéma. C’est déjà une star, puisque cet exemplaire a été la vedette d’un salon de l’auto de Paris, où ses portières « papillon » firent évidemment sensation.

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La Ferrari 312 P n’est jalouse d’aucune des deux : elle dispose d’un solide palmarès en course – notamment aux 24 Heures du Mans 1969 aux mains des pilotes Chris Amon et Peter Schetty – et ses portières s’ouvrent en élytres. Seulement deux exemplaires de cette machine ont été produits. La présence sur le stand Historic Cars de cette bête de course attire tous les regards et quelques convoitises.

Ferrari 312 P

Le moment n’est pas venu de l’admirer. A peine hissée sur le stand, au prix de quelques calages rudimentaires des rampes d’accès en bois, une housse légère vient en recouvrir les courbes évocatrices. Bientôt, ce sera le lever de rideau. Mais pour le moment, puisque les vedettes sont en train de prendre possession de leurs scènes, il n’est pas absurde de s’offrir un café et un croissant. Dehors, les employés grimpent dans le tramway sans encore se douter de ce qui se trame. La magie de Rétromobile a pourtant bien commencé à opérer.

F.B

On y va ?
Salon Rétromobile
Du mercredi 5 au dimanche 9 février 2019, à la Porte de Versailles – Pavillons 1, 2, 3.
Horaires : mercredi, vendredi de 10h à 22h, jeudi, samedi, dimanche de 10h à 19h
Tarifs : 19 € en prévente sur le site internet, 22 € sur le salon, gratuit pour les enfants de moins de 12 ans.