Faisons contre mauvaise fortune bon coeur. Puisque le confinement est inévitable et indispensable, profitons-en pour renouer avec l’essentiel, faire preuve de créativité et, au final, retrouver, un peu, le sens des réalités. Quelques évidences qu’il n’est pas superflu de rappeler, mais à la sauce Grands Ducs.

Par Thierry Richard 

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Edward Hopper, Tables for Ladies, 1930, Metropolitan Museum of Art, New York, D.R

Se remettre à cuisiner

A-t-on vraiment le choix ? Puisque nos bistrots préférés ont tiré le rideau, nos cafés rangé leurs verres et essuyé le comptoir, notre traiteur d’en bas liquidé ses stocks d’oeufs en gelée, nous n’avons désormais pas d’autre choix que de nous restaurer en vase clos. Et c’est pour le meilleur !

Oubliez bien sûr les plats pré-mâchés de la grande distribution pour retrouver dans vos assiettes le goût des saisons et des choses simples : spaghettis olio e aglio (les pâtes sont vos nouvelles meilleures amies), gratin de légumes, tartes et cakes familiaux, salades joliment composées, asperges en mousseline (c’est la saison qui commence), viandes mijotées à l’infini… Autant d’occasions de s’activer, partager et se régaler ensemble. Car faire la cuisine, c’est faire société. 

 

« Faire la cuisine, c’est faire société »

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Edward Hopper, Sea Watchers, 1952, collection privée, D.R

Passer du temps avec ceux que l’on aime

L’obligation de porte close peut faire peur, cela se comprend. Nous voici partis pour des semaines de vie de couple, de famille, 24h sur 24, 7 jours sur 7, entre quatre murs. Radical changement pour des citadins surbookés, qui ne croisent leurs enfants que deux fois par jour au mieux et leur conjoint (compagnon, mari, femme, you name it) entre deux rendez-vous et avec qui les conversations sont souvent limitées à l’intendance.

Prenons donc ces moments de proximité comme une opportunité de raviver les liens profonds avec nos proches. Partageons nos repas, certes, mais profitons-en aussi pour se parler. Vraiment. Se questionner, entrer dans l’intimité et remettre à plat les questions fondamentales de la vie de couple/famille. C’est essentiel. C’est inespéré.

 

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Edward Hopper, Room in New York, 1932, Sheldon Memorial Art Gallery and Sculpture Garden, Lincoln , D.R

Jouer du Violon d’Ingres

Cette passion qui vous animait quand vous aviez 15 ans, qu’est-elle devenue ? Ces journées passées à dessiner, jouer de la guitare, écrire des poèmes ou écouter en boucle le dernier album des Clash sont-elles définitivement enterrées ? Pas si sûr ! Car voici enfin l’occasion de retrouver le goût des plaisirs passés et des passions réprimées. Ce temps offert (oui, on le sait, vous télé-travaillez mais quand même…) est une opportunité unique pour raviver la flamme de vos talents (ou pas, là n’est pas la question) disparus.

Alors n’hésitez pas : quitte à s’occuper, faites-vous plaisir. Exhumez vos instruments, vos Caran d’Ache, vos vinyles, terminez ce roman que vous portez en vous depuis des lustres (une nouvelle fera aussi l’affaire), remettez-vous à la photo et ne lâchez plus l’affaire. C’est le moment idéal.

 

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Edward Hopper, Office in a Small City, 1953, Metropolitan Museum of Art, New York, D.R

Eliminer le superflu de son appartement/maison

Coincé pour coincé, rendons-nous utiles. Vous l’avez déjà tous expérimenté, lorsque le Printemps revient et que l’envie soudaine vous prend de mettre un peu d’ordre dans votre quotidien : ranger fait du bien. Alors pourquoi ne pas saisir l’occasion d’un confinement forcé pour ajouter à votre liste de courses dans la supérette du coin (on respecte les distances de sécurité) une bonne palanquée de sacs poubelle de 100 litres ?

Trier le superflu, combattre la tendance naturelle à l’accumulation, chasser le trop-plein, donner ce qui ne sert à rien, c’est se faire du bien en faisant le vide. Soyez impitoyables, téléchargez l’application Geev pour des jours meilleurs et vous verrez, même vos enfants joueront le jeu de la sobriété volontaire. Et tous, vous vous sentirez plus légers.

 

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Edward Hopper, Second Story Sunlight, 1960, Whitney Museum of American Art, New York, D.R

Reprendre contact avec ses amis proches que l’on a trop longtemps négligés

C’est une évidence : l’éloignement rapproche. Et le haut-parleur de votre mobile (sans parler de la visio) est en ce sens votre meilleur allié. Appelez ces amis pourtant proches que l’on ne croise que trop peu souvent. Prenez de leurs nouvelles, échangez les bons plans spécial confinement, des recettes, des idées pour occuper le temps qui passe, refaites le monde (il en a bien besoin)…

Assignés à résidence nous sommes tous à la même enseigne, portons le même fardeau et sommes disponibles. Il serait idiot de ne pas en profiter pour se parler et renouer des liens que le quotidien souvent néglige. Famille, amis, via téléphone, email, whatsapp, SMS, restons unis, ce ne sont pas les moyens qui manquent. 

 

« C’est une évidence : l’éloignement rapproche »

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Edward Hopper, Hotel Room, 1931, Thyssen-Bornemisza Museum, Madrid, D.R

Fouiller dans les recoins de sa bibliothèque

Le dernier livre que vous avez lu, c’était quand ? Absorbés par les black mirrors de nos modernes habitudes, par un rythme de vie professionnelle et sociale qui frôle souvent le surmenage, entre deux biberons, deux devoirs scolaires, deux restos, deux vernissages, deux dîners en ville, on en passe et des milliers, depuis combien de temps n’avez-vous pas ouvert un livre ? Un vrai, avec des pages de papier blanc épais et une belle écriture cursive.

C’est pourtant simple maintenant que vous avez du temps : retournez-vous, passez le doigt sur les tranches des bouquins rangés sagement dans votre bibliothèque et laissez faire le destin. Vous verrez le plaisir que vous aurez à retrouver la prose d’un auteur distingué sur papier vélin ou, plus simplement, de vous replonger, au fond de votre fauteuil favori, dans une vieille BD.

 

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Edward Hopper, Morning Sun, 1952, Columbus Museum of Art, Columbus, D.R

Retrouver le goût de la lenteur

On a gardé le meilleur pour la fin. Comme toujours. Ce pourrait d’ailleurs être, en ce qui me concerne, une profession de foi, l’aveu d’un péché capital aux yeux de ce monde moderne dont Morand vantait déjà, en 1929, la vitesse. La lenteur retrouvée sera sans doute le plus grand des bénéfices de ces semaines (mois ?) d’isolement.

Le temps distendu offert par ces circonstances exceptionnelles nous y autorise : soyons slow. Prenons le temps de faire les choses. Accordons-nous le privilège de moments d’ennui (ça, on vous le conseillait déjà ici), de rêverie, de vagabondage. Ralentissons nos gestes, souvent brutaux et approximatifs, pour nous concentrer sur le geste juste, quand l’économie de moyens frise la perfection japonaise. Acceptons de tourner enfin le dos au fast : fast food, fast fashion, fast reading, fast sex et retrouvons le plaisir insensé d’être enfin totalement présent à ce que nous faisons, le plaisir d’être lent.
J’y reviendrai.

T.R | Image à la une : Edward Hopper, Cape Cod Morning, 1950, Smithsonian American Art Museum, Washington D.C, D.R