Nombreux sont les constructeurs de grande série à rêver de luxe et de sport. Pour ce faire, quoi de plus simple que de s’allier à un prestigieux label dont la notoriété n’est plus à démontrer ? Ferrari, Porsche, Rolls-Royce, Aston Martin, Lotus ou Maserati, tous ont collaboré avec des constructeurs généralistes, pour le meilleur et (souvent) pour le pire. Des autos rares et exclusives, désirables mais ringardes, mythiques ou décriées, voici notre sélection de dix modèles pour amateurs de cocktails exotiques. À consommer avec modération.

Par Antoine Minard

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Même Ferrari prêtera son V8 afin de le glisser sous le capot d’une berline Lancia: la Thema 8.32 pour 8 cylindres et 32 soupapes, D.R

1963 Ford + Lotus = Cortina Lotus Mk1

 

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Cortina Lotus Mk1, D.R

 Aux mains des plus grands pilotes la Cortina Lotus a marqué les courses de voitures de tourisme avec Jacky Ickx, Jackie Stewart ou Jim Clark, qui lui donne le titre de champion 1964 en catégorie saloon cars, devant les Jaguar 3.8 et Ford Galaxie. La petite berline anglaise compense sa faible puissance (106 ch en série et 145 en compétition) par sa légèreté (840 kg) et sa maniabilité. En 1963, ce même Jim Clark, avait dominé les premiers tours des 1 000 km du Nürburgring avec sa barquette Lotus 23 à moteur Ford 1 498 cm3 coiffé d’une culasse à double arbre à cames en tête Lotus.

Un moteur similaire, mais de 1 558 cm3, équipe la Cortina Lotus. Ainsi Ford, constructeur roturier, offre à une clientèle sportive ce qu’ils ne pouvaient trouver que chez Alfa Romeo à des tarifs supérieurs. Les carrosseries viennent de l’usine Ford anglaise et sont acheminées chez Lotus à Sheshunt pour le montage. Esthétiquement on la reconnaît à sa bande verte ceinturant les ailes et le panneau arrière ou de prestigieux écusson Lotus. 3 300 exemplaires seront produits jusqu’en 1967. Un mythe !

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Cortina Lotus Mk1, D.R

 

1980 Innocenti + De Tomaso = Mini De Tomaso

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Mini De TomasoD.R

                                                                           

Cette citadine dessinée à l’équerre n’est autre qu’une Mini re-carrossée par le carrossier Turinois Bertone. L’excentrique Alejandro de Tomaso, fondateur de la marque éponyme est alors patron d’Innoncenti et d’à peu près tous les petits constructeurs italiens rachetés un à un : Maserati, Moto Guzzi, Benelli, Frua … Tout naturellement il décline la Mini italienne en version De Tomaso, histoire de tailler des croupières à la fort séduisante A112 Abarth d’Autobianchi, propriété du groupe Fiat.

Équipée du 1 275 cm3 Britsih Leyland bien connu des Mini Cooper, De Tomaso change son fusil d’épaule lorsque les anglais, outrés, cesse de fournir des moteurs. En homme d’affaires avisé, il se tourne vers le Japonais Daihatsu qui ne demande qu’à se faire connaître en Europe. La petite De Tomaso y ajoute le montage d’un turbo, chipé à la Maserati Biturbo, et voilà le 993 cm3 à carburateur fort de 72 ch. Racines britanniques, italienne d’adoption et cœur japonais survitaminé, il n’en faut pas plus pour succomber aux charmes de cette pépite.

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Mini De Tomaso, D.R

 

1981 MG + Aston Martin = Frazer-Tickford Metro  

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Frazer-Tickford Metro, D.R

Bien avant la Cygnet, vulgaire Toyota Aygo habillée de cuir, Aston Martin avait déjà œuvré sur une citadine chic et choc : la Frazer Tickford Metro. Pardon ? Comme son nom l’indique, la base retenue est celle de l’Austin Metro dont la version sportive porte l’octogone MG. En 1980 la Metro entendait remplacer la Mini, comme la Citroën Dyane qui voulait succéder à la 2 CV… Et ce fut un four. Plus de deux millions d’exemplaires seront tout de même écoulés mais seulement vingt-six transformés en citadine grand luxe pour ladys et gentlemen branchés.

Ingénieurs et stylistes de chez Tickford, Aston Martin’s special engineering –comprenez le département tuning d’Aston Martin- conçoivent l’auto : kit carrosserie tapageur, peinture personnalisée, toit ouvrant, cuir intégral, boiseries, moquette Wilton (à poils longs), stéréo haut de gamme à trois platines avec radio-K7-ampli-equalizer, tout était possible. Frazer, spécialisée dans ces modèles dits bespoke, se chargeait de l’assemblage. Seuls trois exemplaires auraient été construits en volant à gauche. Si vous en possédez une, vous voilà fort chanceux.

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Frazer-Tickford Metro, D.R

 

1986 Lancia + Ferrari = Thema 8.32

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Thema 8.32, D.R

La berline Ferrari, beaucoup l’ont rêvée. En 1980 Pininfarina avait présenté sa vision, puis Lancia l’a réalisée. On doit cette alliance italienne à Vittorio Ghidella, l’ingénieur en charge du développement de Lancia en rallye qui décide d’utiliser la nouvelle berline Thema, bien née, comme vecteur d’image. Il suffirait simplement d’y glisser un moteur de Ferrari, comme à la belle époque de la Stratos. Le V8 équipant la 308 QV, dégonflé à 215 ch, rentre tout juste sous le capot, en position transversale. De quoi mettre mal les roues motrices avant.

Quoiqu’il en soit l’équipement et la présentation sont hors normes : Alcantara ou superbes peausseries Poltrona Frau, jantes chipées aux berlinettes Ferrari, aileron arrière mobile déployable électriquement, batterie de compteurs façon rallyes tandis que les envolées lyriques du V8 accouplé à une boîte bien étagée feront le reste. Cependant, hormis un discret Lancia by Ferrari sur le couvre culasse, aucun cheval cabré n’orne le modèle. Enzo ne l’aurait sans doute pas permis… 3 520 exemplaires seront fabriqués et désormais des modèles ressortent régulièrement dans les grandes ventes aux enchères internationales.

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Thema 8.32, D.R

 

1989 Chrysler + Maserati = TC by Maserati

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TC by Maserati, D.R

 En 1978, Lee Iacocca, père de la Mustang, reprenait la présidence de Chrsyler. L’homme cherche à redynamiser une image de marque en berne et fait alors appel à un autre grand nom de l’industrie italienne. Un rapprochement avec Alejandro de Tomaso, toujours dans les bons coups, s’opère. Grace à un habile montage financier, le sulfureux patron italo-argentin s’est offert Maserati à crédit (qu’il ne remboursera jamais) en 1975. Il apporte son concours pour développer un luxueux roadster arborant les deux badges : la TC by Maserati, pour Touring Convertible, d’après ses concepteurs l’incarnation parfaite du cabriolet de grand tourisme.

La gestation fut longue et l’auto ressemble en fait à une Chrysler LeBaron raccourcie, vulgaire traction avant. L’implication de Maserati se limite à un assemblage coûteux dans son usine italienne et des détails de finition. Sous le capot, point de noble motorisation italienne mais un 4-cylindres turbo de 200 ch (en fait développé par les anglais de chez Cosworth) ou un poussif six cylindres japonais. Ce mariage hasardeux sera vite consumé : le divorce est acté en 1991 après 7 300 exemplaires produits en deux ans contre 10 000 prévus chaque année. Rouler à son bord fera certainement de vous le roi de l’autodérision.

 

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TC by Maserati, D.R

 

1989 Opel + Lotus = Omega Lotus

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Omega Lotus, D.R

Paisible familiale sans histoire, l’Omega devient explosive une fois passée par les ateliers de chez Lotus. À l’origine de cette réalisation incongrue, l’achat en 1986 de Lotus Cars par General Motors. L’artisan anglais se chargera de la mise au point du véhicule, ou plutôt de la transformation : aérodynamique, découpage des ailes pour adapter les trains roulants et les freins, repositionnement du moteur… Dérivé du six en ligne Opel il passe à 3.6, et avec l’appui de deux turbos, à 377 ch ! La boîte-6, une première sur une auto européenne de série, provient de la Corvette C4 ZR1. Sans limitateur de vitesse, et d’après les dires de ses propriétaires, il paraît que les “300 compteur” sont accrochables.

Les deux marques clamaient haut et forme la sportivité de cette berline avec un accoutrement des plus voyants : élargisseur d’ailes, gros pare-chocs, bas de caisse, extracteurs d’air sur le capot, jantes larges, aileron de malle, tout y est. Une seule couleur sera proposée, un Vert Imperial très anglais. Seuls 950 exemplaires seront produits et moins de 50 vendus dans l’Hexagone. Et entre les vols et accidents divers, combien en reste-t-il aujourd’hui ?

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Omega Lotus, D.R

 

1990 Mercedes + Porsche = 500E (W124)

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500 E , D.R

 En 1988, Mercedes demande à Porsche, son voisin de Stuttgart, de plancher sur le cas d’une berline sportive. Nom de code : Porsche Type 2758. À la place des 4 ou 6 cylindres, on retrouvera sous le capot de la 500 E le V8 5.0 de 326 ch de la nouvelle 500 SL. Un traitement de choc qui transforme la paisible Mercedes en l’une des berlines de série les plus rapides du monde…

Sa particularité réside dans un développement et une fabrication à la main par Porsche : les caisses sont acheminées de chez Mercedes au site de Rösslebau à Zuffenhausen – l’ancienne ligne d’assemblage de la supercar Porsche 959 – où elles reçoivent les renforts de structure fabriqués sur place. Elles repartent chez Mercedes où elles sont peintes, après quoi, elles reprennent le chemin de Zuffenhausen où elles sont assemblées à leurs parties mécaniques et intérieures, puis enfin, retour chez Mercedes pour le contrôle final.

Freinage, trains roulants et suspensions ont été adaptés. Une logistique contraignante justifiant un prix de vente élevé : plus de 500 000 Francs ! 10 479 exemplaires seront écoulés, soit entre 8 et 12 modèles assemblés par jour. Considérée comme la première Porsche à 4-portes, la 500E est déjà prisée des amateurs.

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500 E, D.R

 

1994 Audi + Porsche = RS2 Avant

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RS2, D.R

 Fruit d’une collaboration inattendue entre Porsche et Audi, la RS2 Avant (break chez Audi) est présentée au Salon de Francfort 1992. RS signifie Rennsport (sport automobile), appellation reprise à une certaine 911 Carrera RS, elle propose une nouvelle approche du grand tourisme. Rappelons que la RS2 n’est pas le premier break surpuissant puisque BMW avait dévoilé sa M5 E34 3.8 Touring de 315 ch un an auparavant… Cependant la RS2 se veut plus compacte et propose elle aussi 315 ch mais surtout la fameuse transmission intégrale Quattro garantissant une sécurité hors pair par tous les temps.

Sous le capot, le cinq cylindres Audi turbocompressé est associé à une boîte à six vitesses et de gros freins Porsche facilement reconnaissable grâce aux étriers rouges siglés. Le pare-chocs avant reprend le dessin maison, un logo spécifique est créer, les jantes de 17 pouces et les rétros Cup sont ceux d’une 911.

La synergie sur le plan technique n’est qu’une partie de cette collaboration puisque les profits seront répartis à raison de 50 % pour chacun des constructeurs. Fabriquées à Zuffenhausen sur la chaîne qui accueillait la 500E, la production devait se limiter à 2 000 exemplaires. En réalité 2908 autos seront assemblées, et transporter votre famille à son bord fera de vous l’heureux propriétaire d’un des breaks les plus mythiques au monde.

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RS 2 Avant, D.R

 

2004 MG + Mustang = ZT 260

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ZT 260, D.R

Cette collaboration peut être rapprochée de celle entre Lancia et Ferrari avec la Thema 8.32. Prenez un gros V8 et glissez-le sous le capot d’une élégante berline, histoire de redorer son blason et de faire parler d’elle… Au début des années 2000 le groupe MG-Rover, dépouillé de ses joyaux Mini et Land Rover, puis lâchement abandonné par BMW en a bien besoin. Ainsi sont lancées les surprenantes berlines MG ZR, ZS et ZT, dérivés sportifs un brin provocateurs des discrètes Rover. Non contente de recevoir un V8 4.6 de 260 ch emprunté à la Ford Mustang, la MG ZT 260 passe pour l’occasion de la traction à la… propulsion.

Elle n’a donc plus grand chose à voir avec la Rover 75 qui lui sert de base ! La boîte manuelle Tremec, elle aussi américaine, impose un maniement ferme sans parler de la dureté de la commande d’embrayage, digne d’une muscle car d’antan ou de la lourdeur de la direction. Viril ! Comme toutes les MG Z, on apprécie aujourd’hui leur côté bad boy tellement plus Rock’n Roll que la concurrence d’alors. Seuls 715 exemplaires seront assemblés dont 152 breaks baptisés ZT-T.

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ZT 260, D.R

 

2011 Mini + Rolls-Royce : Mini Inspired by Goodwood

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Mini Inspired by Goodwood, D.R

Sellerie cuir pleine fleur, ciel de toit en cachemire, surtapis de sol en fourrure d’agneau, planche de bord et poignées de maintien en ronce de noyer, instruments du tableau de bord noirs, vous êtes bien à bord d’une Rolls-Royce. Ou d’une des 1 000 Mini habillée par Alan Sheppard, le designer intérieur des Rolls-Royce contemporaines… Elles portent le nom Goodwood, connu pour ses trois événements automobiles incontournables. C’est aussi là, après la séparation avec Bentley, que BMW a implanté son usine de production pour les nouvelles Rolls-Royce.

Lancée en 2012 sur la base d’une Cooper S (1.6 turbo 184 ch), la prise d’air béante de capot est supprimée pour plus de discrétion. Le client pouvait choisir deux teintes métallisées empruntées au catalogue Rolls-Royce : Diamond Black ou Reef Blue, contrastant avec le Cornsilk Beige de l’habitacle. Quand l’esprit du groupe BMW contribue à créer la plus anglaise des Mini modernes. De ce top 10, elle sera sûrement la plus facile à trouver mais aussi la plus consensuelle. À vous de voir !

A.M

Mini 02

Mini Inspired by Goodwood, D.R