On pourrait vous (re)parler de la villa Kérylos ou de la Maison de Verre qu’on affectionne tant… Ou bien se concentrer sur la Méditerranée, notre terre -et mer- de prédilection. Mais en cette période où l’ennui pointe parfois le bout de son nez, il faut varier les plaisirs ! On a choisi 7 demeures idéales qu’on ne vous avait pas encore présentées, pour une retraite forcée -ou non. Attention, cette liste n’est pas exhaustive… Et en annonce d’autres !

Par Elsa Cau

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Les Roches Noires © Gilles Dallières

1. Nostalgique, à Trouville

Il paraît que les ombres de Marcel Proust et de Marguerite Duras y flottent encore… C’est que tout prête à la rêverie dans cet ancien palace construit en 1866 par Alphonse-Nicolas Crépinet (qui n’est à peu près connu que pour cette réalisation), transformé en appartements mais classé (l’extérieur et le hall d’entrée) aux Monuments Historiques.

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L’ancien “roi de la côte normande” se dresse encore, seul au bord de l’eau, tout en fioritures Second Empire et en souvenirs Belle Epoque. Le temps y est suspendu – d’ailleurs, le téléphone, les inscriptions “dernières nouvelles” du lobby, y sont toujours en place, quoiqu’un peu décrépis, comme s’ils n’attendaient qu’un signe pour la reprise… Il y souffle donc un petit air abandonné et mélancolique qu’on adore.

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Le plan : En ces jours pleins de danger, on profite de l’absence des voisins et on retrouve la vie de palace vide, ambiance Shining version Covid. Moins glauque, on s’installe au balcon du premier étage (l’appartement de Marguerite Duras) et on jette quelques lignes sur le papier, face à la brume normande… 

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2. Princière, à Tokyo

Bien avant d’être transformé en Musée au début des années 1980, le Teien Art Museum était la résidence du Prince Ashaka Yasuhiko pour qui elle fut construite en 1933, puis, à partir de 1947, celle du Premier Ministre et enfin des invités d’Etat. Étudiant à Saint-Cyr dans les années 1920, le prince tombe amoureux du style Art Déco à l’occasion de sa visite à l’exposition parisienne, demeurée célèbre, des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925. C’est donc sans surprise qu’il s’entoure d’artistes et d’artisans français à son retour à Tokyo… 

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© Teien Art Museum, Tokyo

On doit le bâtiment aux lignes nobles et épurées au duo Henri Rapin – Gondo Yukichi. Les influences croisées franco-japonaises feront merveille : le verre, très présent tant dans la décoration que l’architecture intérieure (par exemple pour les cloisons), est travaillé par René Lalique et Max Ingrand. La ferronnerie est l’oeuvre de Raymond Subes. Aux motifs Art Déco sont mêlés les influences japonaises : des motifs de genjiko et de seigaiha ici, un tokonoma (cette petite alcôve typiquement japonaise) là… 

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La tour de parfum © Teien Art Museum, Tokyo

Le plan : on s’introduit dans cette demeure au souci du détail parfait, on prend en otage les jardins (Teien, en japonais) superbes et on se prépare à méditer et à boire du thé pour les deux mois qui suivent. Dans un moment de perdition, on remplit d’une substance illicite l’imposante tour de parfum en porcelaine de Sèvres qui servait à diffuser du parfum dans l’antichambre. Et enfin, on n’oublie pas ses lectures (L’éloge de l’ombre, Junichiro Tanzaki, la bible bien sûr)… 

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© Teien Art Museum, Tokyo

3. Dolce Vita, à Capri

Préparez-vous : jamais la Dolce Vita n’a si bien porté son nom qu’à la villa Lysis, ex “Gloriette”, construite en 1904 pour l’excentrique baron Jacques d’Adelswärd, en fuite avec son amant de seize ans après avoir défrayé la chronique à Paris.

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Dans ce sanctuaire de l’amour et de la douleur (c’est écrit au-dessus de la porte), tout, pourtant, n’est que luxe, calme et volupté… Ne cherchez pas, tout est aussi mystère : on n’en connaît pas l’architecte. Mêlant de nombreuses références (Louis XVI, Jugendstil -l’Art Nouveau allemand- et chinoise pour le fumoir, entre autres), le lieu, désormais ouvert au public, est un véritable temple du dandy en villégiature. 

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Le plan : Tout le monde dehors, on s’enferme dans notre paradis méditerranéen, sis au sommet d’une colline du Mont Tibère. On flâne, habillé à l’antique, dans les merveilleux jardins conçus par Mimi Ruggiero. On déclame des vers face à la Grande Bleue. On divague en courant pieds nus sur le marbre dans les vastes intérieurs. On lit L’Exilé de Capri, le roman de Roger Peyrefitte, inspiré du baron.

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4. Mobile, n’importe où

En 1994, Philippe Starck propose, dans le catalogue des 3 Suisses, une maison, ancêtre du Do it yourself, en bois, verre et zinc.

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L’idée ? Une expérience unique : construire sa propre maison entre 138 et 150 m2, à l’aide du petit coffret qui faisait office de licence et contenait plans, notice, carnet de notes du designer, marteau, drapeau français et cassette vidéo explicative, le tout pour 4900 francs. Bon, ensuite, la construction revenait environ à 1 150 000 francs (avec l’option auvent, donc la plus grande surface), mais passons, une bagatelle ! Starck lui-même s’en construit une en région parisienne. Peut-être y est-il confiné ? 

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Le plan : Plus personne dehors, c’est le moment ! Vous vous souvenez, ce parc immense, ce lieu impossible, ce terrain inconstructible, dans lequel vous avez toujours rêvé de posséder une petite bicoque ? On s’inspire d’Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (Yvan Attal, 2004, oui, on y voit la maison) et on s’exile mobile.

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5. Possible (après le confinement), en Corse

Au Cap Corse, le Couvent de Pozzo est un joyau familial transformé en maison d’hôtes… Ancien couvent de moines capucins, acquis en 1796 par un notable bastiais, devenu au fil des années maison de vacances, il est resté dans la famille qui chérit ses mille souvenirs.

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© Couvent de Pozzo

Havre de paix dans lequel les enfants de la dernière génération sont les premiers à grandir, le couvent surplombe la mer Tyrrhénienne et porte doucement, sereinement le poids du temps… C’est qu’il y est suspendu. 

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Le plan : On s’impose dans la famille comme le cousin issu de germain de l’autre côté de la Corse que personne ne connaît. Ou alors, on attend la fin du confinement, et on réserve… 

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© Couvent de Pozzo

6. Décadente, à Tanger

Ah, Tanger l’ensorcelante, on vous en a déjà parlé… Les trésors cachés sont ici nombreux, autant que les personnalités excentriques réfugiées sur ce petit rocher au nord du Maroc. Comme eux, on fuit -la vie, les mondanités, les souvenirs, le manque d’inspiration ?- à Tanger où l’on se laisse aller à une existence qui n’est pas sans rappeler celle, si particulière, d’une île.

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Juste au sortir de la ville, l’écrivain Umberto Pasti s’est bâti, au fil des années, un refuge aux mille gris-gris. “Tanger est un bassin qui vous retient, un lieu hors du temps” disait Truman Capote. On qualifie la maison et les jardins d’Umberto Pasti de mirage. Pour s’oublier quelques mois… 

Le plan : A Tanger, on aime l’originalité. On se cache au milieu des espèces rares du fabuleux jardin d’Umberto Pasti. Le soir tombé, on entre boire un verre au milieu des bibelots rares, comme si de rien n’était. Et comme toujours à Tanger, c’est tout ce qu’il fallait pour être adopté. 

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7. Fictive, Villa Amalia

Au début, une rupture. Et puis le vide. Le long chemin vers la sérénité, vers la réinvention, d’Ann, le personnage principal de Villa Amalia, petit chef-d’oeuvre de Pascal Quignard, s’articule autour d’un lieu, idéal, utopique : une “longue villa sur la mer” abandonnée et “sèche”, au milieu des pins parasols, à laquelle mène un chemin raide, abrupt. 

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La maison ? Sentant “un mélange de chat, de jasmin, de poussière”. Dans ces lieux, aussi vagues que les émotions d’Ann, un rêve : “abritée dans la roche, la villa dominait entièrement la mer. A partir de la terrasse la vue était infinie. Au premier plan, à gauche, Capri, la pointe de Sorrente. Puis c’était l’eau à perte de vue. Dès qu’elle regardait elle ne pouvait plus bouger. Ce n’était pas un paysage mais quelqu’un. Non pas un homme, ni un dieu bien sûr, mais un être.”

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Le plan : aucun. On laisse parler le maître et son imagination divaguer. “Elle aimait de façon passionnée, obsédée, la maison de zia Amalia, la terrasse, la baie, la mer. Elle avait envie de disparaître dans ce qu’elle aimait. Il y a dans tout amour quelque chose qui fascine. Quelque chose de beaucoup plus ancien que ce qui peut être désigné par les mots que nous avons appris longtemps après que nous sommes nés. Mais ce n’était plus un homme qu’elle aimait ainsi. C’était une maison qui l’appelait à la rejoindre. C’était une paroi de montagne où elle cherchait à s’accrocher. C’était un recoin d’herbes, de lumière, de lave, de feu interne, où elle désirait vivre.”

E.C | Image à la une : la villa Lysis, Capri, D.R