Pourquoi a-t-on représenté le Christ tenant une cerise entre ses doigts ? Quelle est la signification d’un papillon posé sur un crâne ? Devant un tableau ancien, ces questions peuvent piquer la curiosité du spectateur. Justement, on s’est prêté à l’exercice et on vous a décodé quelques symboles… 

Par Mégane Ollivier

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Jan Davidsz de Heem, Nature morte aux huîtres et au citron pelé, 1653 © LACMA Los Angeles

En Europe, le XVIIe siècle est une époque où l’homme conçoit encore la vie sur terre comme une préparation spirituelle à la vie après la mort, et l’Etat et l’Eglise utilisent l’art comme moyen de communication dans l’accompagnement de l’esprit humain. Au-delà de leur aspect universel, de nombreux fruits, fleurs, animaux, et objets furent ainsi progressivement utilisés dans le but de sensibiliser et d’orienter les fidèles chrétiens. Quoi qu’il en soit, déceler le sens profond d’une œuvre réalisée il y a plusieurs siècles demeure un exercice périlleux. Il ne s’agit donc pas ici de donner une définition exacte des symboles mais bien d’aiguiser votre œil…

 

À propos des fleurs

Universellement tenu comme élément décoratif, le bouquet, fait de fleurs coupées, est avant tout un symbole de la fragilité de la vie. Dans la peinture, il rappelle aussi l’importance du commerce des fleurs au Grand Siècle dans les pays du Nord de l’Europe : au cours de la première moitié du XVIIe siècle, les jardins médicinaux se transforment progressivement en jardins divertissants, et les espèces qui les composent font l’objet d’ouvrages illustrés qui se multiplient durant la seconde moitié du siècle.

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Maria van Oosterwijck, Nature morte aux fleurs, 1669 © Cincinnati Art Museum

Dans les natures mortes de fleurs, vous remarquerez également la présence systématique de la tulipe. Le commerce des graines de tulipes sut jadis prendre une telle ampleur qu’il fut même à l’origine d’un krach boursier. L’adoration accordée à cette fleur mena plus tard les spécialistes à employer le terme de “tulipomanie”.

 

“Vanité des vanités, tout est vanité”  

Le Moyen Âge présente de nombreux symboles tournés principalement vers la distinction entre le bien et le mal de façon à orienter les fidèles. Exportée à travers les siècles, cette pensée s’exprime à travers de nouveaux symboles au XVIIe siècle.

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Pieter Claesz, Vanitas, nature morte, 1630 © Mauritshuis, La Hague, Pays-Bas

En laissant de côté l’iconographie classique, les idéaux religieux prennent l’apparence d’éléments rassemblés sous la grande famille des vanités. Crâne, bougie à la cire coulante, sablier, tous ces marqueurs de temps symbolisent la précarité de la vie humaine. Souvent présentés dans une atmosphère lugubre engloutissant les choses matérielles, ils évoquent inexorablement la fin de toute chose.

 

De petits insectes

Dans l’iconographie religieuse, on admet généralement que les insectes illustrent le mal. Certains d’entre eux comme le papillon peuvent être porteurs d’autres messages. Ainsi, au-delà de sa courte durée de vie, la chenille devenant chrysalide pour se transformer en papillon fait aussi manifestement allusion à la résurrection de l’âme.

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Maria van Oosterwijck, Vanitas, 1668 © Kunsthistorisches Museum

En dépit de sa petite taille, la mouche a pu être interprétée comme une représentation d’une force démoniaque qu’il est impossible d’exterminer. Dans la mythologie de la Perse ancienne, Ahriman, démon de l’obscurité, prend la forme d’une mouche pour s’infiltrer parmi les hommes; chez Isaïe, les nuages de mouches annoncent l’arrivée d’un malheur.

 

Et les fruits ?

Esthétiques certes, mais avant tout symboliques, les fruits ont surtout pour but de renforcer le message moral des œuvres dans lesquelles ils apparaissent : la cerise est un emblème fort de la passion du Christ pour sa chair aussi rouge que le sang. Elle est aussi plus largement considérée comme un symbole du paradis et de la vie éternelle. Le citron, quant à lui, est un élément récurrent des tableaux nordiques : lorsque sa peau est pelée, il symbolise la résurrection de l’âme, autrement dit l’enveloppe charnelle se détachant de l’essence même du fruit, l’enveloppe spirituelle. 

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Louise Moillon, Nature morte au panier de fruits et à la botte d’asperges (1630) © Institut d’art de Chicago

D’une manière générale, les fruits à coque sont une image de l’Eglise protégeant les fidèles. Ils servent également de représentation à la virginité féminine par la protection du fruit qu’offre la coquille. C’est le cas de la noix, dont l’écorce de la coque forme un lien direct avec le bois de la Croix. Sans “coque” à proprement parler la grenade, par sa peau épaisse, symbolise elle aussi ce lien étroit. 

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Jan Davidsz de Heem, Nature morte au homard, 1643 © The Wallace Collection, Londres

Fruits, fleurs, animaux, et objets sont autant de symboles permettant à l’historien de comprendre les tableaux et de leur redonner leur véritable sens. Ils permettent aussi plus largement de mieux se replonger dans le contexte historique et économique d’une époque. Et si la grande majorité des petits musées a déjà réouvert ses portes, il faudra patienter au moins jusqu’à la mi-juillet avant de pouvoir se rendre de nouveau dans nos grands musées nationaux et confronter votre oeil à l’exercice du symbole… 

M.O