À l’heure des contrôles de déplacement post-confinement, on a rarement vu autant de voitures de police sur les routes. Souvenez-vous, il fut un temps pas si lointain où certains policiers européens avaient de chouettes autos. Ces escadrons incarnaient la fierté d’une nation toute entière…

Par Antoine Minard

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“The World’s most glamorous police car is for sale !” Tel est l’intrigant intitulé d’un communiqué de presse arrivé il y a quelques jours sur ma messagerie. L’expéditeur n’est autre que Max Girardo, le fringuant marchand à l’origine de Girardo & Co, fondé en 2016 par cet ancien de chez Bonhams et Sotheby’s. Basé à Londres et à Milan, Girardo n’est ni plus ni moins l’un des plus grands spécialistes d’autos de course historiques et particulièrement celles d’origine italienne. Ainsi, Girardo propose à la vente – à un prix non divulgué – une Ferrari un peu spéciale, qui fut la propriété de la police Romaine. 

Cela m’a rappelé d’agréables souvenirs d’enfance. À l’école, nous, les garçons, avons tous joué aux gentils et aux méchants. Allez savoir pourquoi, nous nous accordions à penser qu’il était quand même plus amusant d’être le méchant. Oui, les méchants, c’est toujours mieux. Toujours ? Presque ! Parfois les gentils ont aussi du style… Notamment lorsqu’il s’agit de la police et de belles automobiles, qu’elles soient italiennes, françaises ou allemandes.

 

1. Italie : 1962 Ferrari 250 GTE 2+2 Polizia

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© Tom Gidden pour Girarado & Co 

Cette Ferrari un peu spéciale fut offerte à la police romaine comme véhicule de poursuite, sur une idée de l’officier Armando Spatafora. Les criminels échappaient trop souvent aux Alfa Romeo 1900 et 2600, pourtant déjà performantes, des services de police. Spatafora demanda à ses supérieurs un véhicule adapté aux grandes vitesse, une Ferrari ! Contre toute attente sa requête est acceptée et l’on raconte que le président de la république en personne demandera à Enzo Ferrari de réaliser deux Ferrari spéciales pour la police de la capitale. Seuls quatre officiers, dont Spatafora, seront habilités à la conduire, non sans avoir suivi des cours de pilotage directement auprès de l’usine à Maranello.

La 250 GTE 2+2 Series 2 #3999, peinte en noire avec l’écriture Squadra Mobile tél. 555 555 sur les portières, est livrée en novembre 1962. Sous le capot le superbe V12 3.0 de 240 ch devrait se montrer suffisant. Suivra la seconde auto… rapidement détruite en service. Durant six années, Armando Spatafora et sa fidèle #3999 patrouilleront dans les ruelles romaines. Le duo était devenu si légendaire que réussir à les semer était devenu une véritable gageure.

Retirée des effectifs à la fin 1968, #3999 sera ensuite utilisée pour des livraisons urgentes de sang jusqu’à Naples, reliant les 200 km d’autostrada en 50 minutes. En 1972, lors d’une vente aux enchères publiques des surplus de l’armée, Alberto Cappelli, savait parfaitement ce qu’il achetait. En 2013, son fils raconte  à Petrolicious l’histoire de la voiture…

 

2. France : 1973 Citroën SM Gendarmerie

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Sur nos belles autoroutes françaises, les premières limitations de vitesse apparaissent en 1973. Cette même année, la Gendarmerie Nationale se dote de son nouveau véhicule rapide d’intervention ultime : « la SM Maserati » comme disent les Gendarmes dans cette superbe vidéo de l’INA, fiers comme des coquelets. Et ils ont de quoi : V6 2.7 de conception italienne, 170 chevaux et 230 km/h en pointe, le tout dans des conditions de confort et de sécurité alors jamais vues. Au volant d’une SM les limites sont repoussées. La B.R.I. (Brigade d’intervention rapide) travaillait jusqu’alors avec des DS21 i.e., des DS à compresseur Constantin ou des Alpine A110.

Deux SM Bleu de Brégançon à moteur injection sont affectées à la surveillance de l’Autoroute A6 en région Auxerroise puis sur l’autoroute du soleil sur le secteur Provence-Côte d’Azur. La gendarmerie prend livraison de trois autres modèles à la fin de l’année 1973. Les SM Gendarmerie se distinguent par leur petit feu de toit spécifique, offrant une moindre résistance à l’air qu’un classique gyrophare ainsi qu’un émetteur récepteur radio placé face au copilote, sous la boite à gants.

Hélas le choc pétrolier stoppa toutes commandes de l’État mais aussi la carrière de sa majesté SM. Triste sort pour la plus prestigieuse des autos françaises d’alors … Les CX 2400 et GTI ainsi que les Alpine A310 remplaceront la SM. D’après le livre La Citroën SM d’Olivier de Serres, les SM sont réformées entre janvier 1978 et novembre 1979, avec un kilométrage moyen de 250 000 km. On vous laisse imaginer les coûts d’entretien, tous les 10 000 km, pharaoniques pour l’État !

les officiers de la Rijkspolitie n’hésitaient pas à se tenir debout dans leurs Porsche pour diriger le trafic à l’aide d’un porte-voix ou ordonner aux contrevenants de s’arrêter ! 

3. Pays-Bas : 1956 à 1993 Porsche Rijkspolitie

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© Rijkswpolitie

Saviez-vous que la Rijkspolitie, la police d’état des Pays-Bas, a possédé la plus grande flotte de véhicules de police Porsche au monde ? Parce qu’il n’y avait pas de limitations de vitesse, au début des années 1960 on roulait vite sur les autoroutes néerlandaises, et les accidents avaient souvent des conséquence fatales. Dans l’espoir de trouver une solution, la Rijkspolitie rend alors visite à ses collègues allemands. Après tout l’autoroute n’est-elle pas une invention allemande ? Depuis 1956, les brigades germaniques conduisaient sur l’autobahn des Porsche 356, engin adéquat pour forcer les automobilistes impertinents à s’arrêter.

Sur ce modèle, la Rijkspolitie passa commande en 1962 de douze 356 Cabriolet. Un point très important, contrairement aux autres forces de polices, les officiers de la Rijkspolitie n’hésitaient pas à se tenir debout dans leurs Porsche pour diriger le trafic à l’aide d’un porte-voix ou ordonner aux contrevenants de s’arrêter ! La sélection des agents était minutieuse : ils devaient avoir 25 ans révolus, être physiquement en pleine forme, mariés et si possible avoir des enfants. Ces deux dernières exigences devaient considérablement accroître le sens des responsabilités. 

En 1966, les 356 sont remplacées par des 912 Targa, puis dès l’année suivante les nouvelles 911 Targa prennent le relais. Suivront en 1990 les nouvelles 911 type 964 ainsi que quelques 914 et 924 Targa dotées du toit ouvrant escamotable. Ainsi 507 Porsche recevront la livrée de la Rijkspolitie ! On peut les voir en action dans cette charmante vidéo.

 

4. Belgique – 1987 Volkswagen Golf II GTI Gendarmerie 

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Au milieu des années 1980, devant la recrudescence des attaques à mains armées, la Gendarmerie Belge se dote d’un arsenal d’un peu plus de 700 Volkswagen Golf GTI de deuxième génération qui remplaçaient avantageusement les vieillissants Combi. La bande la plus connue d’alors, tristement surnommée les tueurs fous du Brabant wallon, se déplaçait justement en Golf GTI noire, un modèle de première série. En 1985, les contrôles étaient devenues si fréquents que plus aucun Belge ne voulait d’une Golf GTI noire…  

Les Golf GTI de la Gendarmerie conservaient leurs mécaniques d’usine (1.8, 8 soupapes et 112 ch) tandis que les améliorations portaient sur un blindage au niveau des portières ainsi que des supports et rangements spéciaux pour les armes, gilets pare-balles et autres munitions. Le blindage en Kevlar ajoutait 50 kg à chacune des portières. Toutes ces GTI étaient blanches à bande orange, dotées de 4-portes (les patrouilles se composaient toujours de trois hommes), du gyrophare et du toit ouvrant à manivelle. Depuis, la Golf GTI est chargée symboliquement : c’est la voiture de la cellule anti-banditisme de la Gendarmerie bruxelloise. À tel point qu’en 2012, 13 Golf GTI de sixième génération sont mises à disposition de la brigade anti-agression de la capitale.

D’après le Golf GTI Classic Club il resterait aujourd’hui moins d’une dizaine d’autos en circulation dont trois ou quatre actuellement en état de marche. Christophe, ancien gendarme bruxellois, présente sa Golf GTI dans le documentaire Behind the wheel réalisé par Volkswagen Belgique. 

A.M