Elle porte le nom d’une ville germanique mais son coeur vient d’Italie. L’eau de Cologne a traversé les siècles et séduit encore les générations par sa simplicité et sa fraîcheur mais aussi pour ses vertues magiques adorées par nos grand-mères. Elle fait partie aujourd’hui de cette nouvelle parfumerie mixte, prônant le bien-être et l’authenticité  Et parce qu’on rêve de l’été, on se penche sur cette eau dont l’homme aime s’asperger et la femme aussi. 

Par Guillaume Cadot | Photographie à la une © Archives Slim Aarons

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La Cologne classique d’Acqua di Parma © Acqua di Parma

Aux origines, l’eau parfumée à tout faire

Le parfum le plus connu d’Egypte et du monde arabe en ce moment ? Eau de Cologne 555 qu’on trouve dans tous les commerces de proximité. Tombée en désuétude, elle prenait la poussière depuis de longtemps sur les étagères. Il aura fallu cette pandémie de Covid 19 pour que les Egyptiens se ruent à nouveau sur cette eau de Cologne, faisant face à la pénurie des désinfectants classiques. Même phénomène en Turquie, où traditionnellement l’eau de Cologne est un cadeau de bienvenue pour les invités : elle se retrouve utilisée dans les transports en commun et dans la rue pour s’asperger généreusement les mains.

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Pourtant cette eau parfumée à tout faire a toujours véhiculé une part de magie. Depuis sa création, elle balance entre la simplicité d’une recette olfactive faite d’agrumes et la complexité magique d’une lotion d’apothicaire qui soignerait de nombreux maux. Une lotion un peu miracle dit-on ; elle soulageait tout et rien avec son degré d’alcool à 60%. Certains, même, en faisait tomber quelques cuillères dans la soupe pour la vertu de ses plantes.

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L’eau de Cologne de Cologne, l’originale, D.R

De la Riviera à Hollywood, une tradition devenue glamour

L’eau de Cologne est séductrice, c’est ce que les hommes aiment chez elle. Et les femmes aussi ! Cette envie permanente de renouveler ce splash viril sur le torse et le cou donne une image du paraître très aristocratique, comme le souligne le nez Jean-Claude Ellena. Porter une Cologne, c’est aborder la vie avec panache renchérit Mark Buxton, parfumeur travaillant pour le cinéma, créateur des signatures olfactives pour le cinéma (The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, c’est lui. Quand Monsieur Gustave (Ralph Fiennes) quitte sa chambre, il n’oublie jamais de se parfumer avec Air de Panache créé pour l’occasion.)

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Air de Panache, tirée du film de Wes Anderson Grand Budapest Hotel (2014), D.R

Le pouvoir séducteur de l’eau de Cologne a séduit les stars hollywoodiennes des années 1950 ; fréquentant les réalisateurs italiens de Cinecitta, les acteurs découvrent cette eau que les artisans des ateliers de couture vaporisent depuis toujours sur les costumes avant de les livrer à leur propriétaire.

On retrouve une Acqua di Selva dans la salle de bain de la suite occupé par Sir Charles (David Niven) dans le film The Pink Panther. Frank Sinatra alterne les effluves de Yardley’s English Lavender avec Aqua Lavanda by Puig.

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La maison française Gestor réédite l’eau de Cologne de Napoléon Bonaparte qu’il utilisait chaque jour de son exil à Sainte-Hélène.

Les politiques succombent aussi. JFK a découvert l’eau de Cologne sur la Riviera lors de vacances chez son ami Albert Fouquet, parfumeur amateur de talent. Il lui confectionne ainsi une eau de Cologne baptisé Eight&Bob que le Président lui commanda lors de son retour aux Etats-Unis (on vous en avait parlé ici). Winston Churchill est un inconditionnel de Tabarome de la maison Creed et son odeur de tabac. En France, la maison Gestor réédite l’eau de Cologne, extraite à partir des plantes et agrumes de l’île, que Napoléon Bonaparte qu’il utilisait chaque jour de son exil à Sainte-Hélène.

Surtout, un parfum d’authenticité

J’ai toujours eu une attirance pour l’eau de Cologne. Ce petit concentré parfumé magique qui trônait sur l’étagère de la salle de bain de mes grands-parents. Une odeur simple, loin du parfum sophistiqué et entêtant, mais plutôt proche de la senteur naturelle des champs, l’odeur du potager, celle de la campagne. Le parfum des gens qui se lèvent tôt, de ceux qui vivent et travaillent dehors. Qui se frictionnent le matin comme un véritable coup de fouet olfactif pour se donner du coeur à l’ouvrage. Avec elle, on respire le frais, la bonne santé, l’énergie, l’activité de plein air. Citron, bergamote, romarin, thym, orange, lavande, la Méditerranée n’est jamais loin dans ses compositions.

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La gamme méditerranéenne d’Acqua di Parma © Acqua di Parma

Une odeur simple, loin du parfum sophistiqué et entêtant. Le parfum des gens qui se lèvent tôt, de ceux qui vivent dehors. Qui se frictionnent le matin comme un véritable coup de fouet olfactif.

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Une publicité pour de l’eau de Cologne de 1957

L’eau de Cologne, c’est la génération de mes grand-parents. Ils ont connu la, parfois les guerres, les cabinets de toilette plutôt que les salles de bain, le gant de toilette plutôt que la douche au quotidien. C’était le parfum que je sentais quand ma grand-mère venait m’embrasser. Pour elle, c’était Roger & Gallet et rien d’autre. Son plaisir du matin. Elle renouvelait la bouteille une fois l’an. Et jamais de parfum, il était réservé aux gens des villes. Lorsque mon grand-père partait, tôt le matin, voir son potager, il était toujours rasé de frais et aspergé  (souvent trop) d’eau de Cologne en guise d’après-rasage.

Quand j’ai quitté l’enfance, j’ai oublié l’eau de Cologne, trop vieillotte, trop ringarde. Je succombais aux premiers parfums de mon adolescence puis de ma vie d’adulte : Lacoste, Polo de Ralph Lauren… La mode avait gagné. Et comme elle se démode aussi rapidement qu’elle est arrivée, l’eau de Cologne m’a rattrapé. Les nombreux voyages en Italie dès le début des années 1990 m’ont réconcilié avec elle. Les odeurs méditerranéennes, la beauté des fruits et des légumes, la cucina povera me sautèrent aux narines et tout se bouscula dans ma tête. C’étaient les odeurs que j’aimais qui me rappelaient mon enfance autour du potager.

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Air de Panache, la très chic eau de Cologne inventée pour le film de Wes Anderson Grand Budapest Hotel (2014)

Je découvris Acqua di Parma là où elle est née, à Parme. Ce concentré d’eau parfumée me liait à nouveau avec la bonne vieille Cologne. Plus fine certes que celle portée par ma grand-mère, mais avec le même élan de fraîcheur, de dynamisme et de bonheur fondus dans ce grand splash dont on s’asperge généreusement. Une plongée dans la campagne italienne et sa douceur de vivre à l’ombre des cyprès et des romarins. Acqua di Parma ne m’a plus jamais quitté. J’ai gardé le réflexe de la Cologne de cette maison italienne chaque 1er juin de l’année, jusqu’au dernier jour de septembre. Un rituel, une éclaboussure de bonheur estival, un goût pour cet art de vivre chemise déboutonnée, bonheur simple du partage et de la table ouverte pour les amis… 

G.C

 

Au fait, qui a créé l’eau de Cologne ?
L’eau de Cologne est bien née en Allemagne, à l’aube du XVIIIe siècle et dans la ville qui lui donna son nom. L’Académie de médecine de Cologne lui reconnut officiellement ses bienfaits pour la santé.
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Ensuite, les origines divergent. Sa paternité se partage entre Giovanni Paolo Feminis et Giovanni Maria Farina, deux italiens venus à Cologne pour y faire fortune. Chacun déposera une formule d’un composition à base de plantes et d’agrumes venus de leur pays natal s’inspirant de “l’eau admirable” (aqua mirabilis) aux vertus médicinales et parfumantes. La recette proviendrait du couvent Santa Maria Novella à Florence, qui inventa la parfumerie…
Mais déjà sous Louis XIV, une eau de Cologne connaissait un vif succès : l’Eau de la reine de Hongrie à base de romarin qui servit à ranimer la princesse Aurore dans la Belle au Bois Dormant.