Comment se distraire en période post-confinement et en pleine incertitude sanitaire ? Pas vraiment de restaurant, pas de cinéma, pas de théâtre, pas de musée, rien… Entrez donc pour une fois dans les galeries parisiennes ! Suivez-nous dans nos 5 expositions coup de coeur du moment…

Par Laure Martin

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Hermann Nitsch © Galerie RX, Paris

1. L’œuvre abstraite et colorée d’Hermann Nitsch à la Galerie RX

La galerie RX, créée en 2002 par Éric Rodrigue et Éric Dereumaux, s’est d’abord installée dans le quartier de Matignon avant de s’agrandir à Ivry en 2010 et de s’implanter en 2016 dans le Marais. Au coeur de cet hôtel particulier de 640 mètres carrés règne une belle programmation marquée par une grande diversité. 

Pour la deuxième fois – la première étant en 2018 – la Galerie RX a fait le choix de présenter le travail d’Hermann Nitsch, dernier actionniste viennois encore en activité. Si les artistes de ce mouvement artistique développé dans les années 1960 n’ont eu de cesse de transgresser les valeurs traditionnelles de l’art en venant se confronter à la réalité à travers des performances inoubliables – mais également à la limite du supportable – utilisant du sang, de la boue ou de l’urine, le travail artistique de Nitsch ne se cantonne pas à cet aspect provocateur. 

Cette exposition, qui n’a rien à envier à celles des musées d’art contemporain les plus prestigieux, rassemble une sélection de peintures colorées et de dessins abstraits (appelés aussi “dessins informels” selon la formulation de l’artiste), réalisés depuis le début des années 2000. Les œuvres présentées ici dévoilent un univers artistique poétique fait à partir d’un vocabulaire chromatique symbolique… Une véritable invitation à la rêverie.  

Galerie RX,
16, rue des quatre fils
Paris 3
Jusqu’au 30 juillet 2020

 

 

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© Galerie Templon, Paris

2. Le nouveau monde de Chiharu Shiota chez Templon

 Certes, la galerie Templon, l’une des plus grandes enseignes parisiennes spécialisée dans l’art contemporain, proposait une visite interactive de ses expositions pendant le confinement, mais c’est bien en chair et en os qu’il est désormais possible de découvrir le travail de Chiharu Shiota. 

C’est le tout dernier espace de la galerie, ouvert courant 2018, que l’artiste japonaise a investi. Célèbre pour ses installations monumentales et sa maîtrise du fil tressé dans l’espace, la galerie présente ici une installation in-situ et un ensemble de sculptures inédites qui nous font voyager dans un univers poétique et mystérieux. 

L’exposition, nommée Inner Universe – “monde intérieur” – donne à vivre une véritable expérience immersive par le biais de séries de sculptures de fils rouges, blancs et noirs, œuvres emblématiques de la pratique de l’artiste. 

À travers une réflexion basée sur le lien entre le corps et l’esprit, elle réalise également de mystérieuses boîtes dans lesquelles on peut découvrir des vêtements et des livres d’anatomie en apesanteur. Enfin, dans la salle principale de l’exposition, des moulages des parties du corps de la famille de l’artiste, sont posés à même le sol “Je souhaite présenter des fragments de corps des êtres qui me sont chers, leur absence est ainsi incarnée, et chacune de ces parties évoque bien plus que ce qu’un corps entier ne pourrait jamais le faire.” Un peu d’humain, dans un monde où la distanciation sociale est plus que jamais de rigueur. 

Galerie Templon
28, rue du Grenier-Saint-Lazare
Paris 3
Jusqu’au 25 juillet 2020

 

 

 

 

3. Les expérimentations de Léonard Bourgeois Beaulieu à la galerie Laure Roynette

À deux pas du musée Picasso, la galerie Laure Roynette, propose depuis son ouverture en 2011 une programmation artistique dynamique et originale. Pour sa deuxième exposition à la galerie, Léonard Bourgeois Beaulieu expose une nouvelle série de portraits photographiques réalisée en 2019 dans laquelle il explore la notion d’identités. Si l’esthétique des photographies est étonnante, voire même envoûtante, c’est grâce à sa pratique inventive.

Tel un magicien des temps modernes, il utilise les procédés anciens de l’argentique et du Polaroïd en intégrant les aléas techniques et chimiques afin de ne pas figer la photographie et de laisser l’imprévu participer à l’image. Quant aux surfaces, elles sont grattées, froissées, brisées. Sa démarche artistique étonnante joue ainsi avec les possibilités de la photographie : elle se veut vivante, changeante, floue… hors du temps. Foncez vite, l’exposition touche à sa fin ! 

 

Galerie Laure Roynette
20, rue de Thorigny
Paris 3
Jusqu’au 20 juin 2020

 

 

 

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© Galerie Loeve&Co, Paris

4. Key Hiraga mais bien plus encore… à la galerie Loeve&Co

Créée par deux experts du marché de l’art spécialistes et collectionneurs passionnés d’histoire de l’art, Hervé Loevenbruck (créateur de la galerie éponyme dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, nous avions adoré ce qu’il présentait ici) et Stéphane Corréard (critique, journaliste et commissaire d’exposition et fondateur du salon Galeristes, on vous en avait parlé ici), la galerie Loeve&Co a fraîchement ouvert ses portes depuis un peu plus d’un an (ça vous dit quelque chose ?). Mus par un goût commun pour les figures singulières, les deux compères exposent des artistes oubliés de l’histoire de l’art des années 1960-1970. 

Ouverte début Mars, l’exposition consacrée au peintre japonais Key Hiraga “Key Hiraga : Paris, 1964-1974propose de découvrir les oeuvres de l’artiste réalisées durant son passage à Paris. Influencé par l’art brut de Jean Dubuffet, il réalise des compositions singulières marquées par la représentation de personnages terrifiants. 

Cet événement prolongé et toujours visible à la galerie, a été complété par la mise en place d’une plateforme spécifique pendant le Coronavirus nommée “Loeve&Co-llect”. “Tous les matins à dix heures nous proposons une œuvre de notre stock, vendue environ avec 40 % de réduction par rapport à son prix initial. Ils s’échelonnent entre 1 000 et 15 000 euros et les transactions se font en général dans la première demi-heure” nous expliquent les fondateurs de la galerie.

C’est le collectionneur le plus rapide qui emporte l’oeuvre. Cette nouvelle proposition digitale organise des semaines thématiques et cultive l’appétence des collectionneurs les plus aguerris comme les plus curieux. Pour exemple, le thème de la semaine prochaine « Rires Noirs » mettra à la vente des œuvres de Jean-Michel Folon, Roland Topor, Maurice Henry, Robert Crumb et Jean-Marc Reiser Folon. La bonne nouvelle, c’est que cette offre attractive n’a pas encore de date de fin… Suite à ce succès, la galerie souhaite faire évoluer cette initiative et l’inscrire dans la durée. 

 

Galerie Loeve & Co
15, rue des Beaux-Arts,
Paris 6
Jusqu’au 25 juillet 2020

 

 

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© Claire Dorn pour Perrotin, Paris

5. 26 galeries pour le prix d’une chez Perrotin

Évidemment, nous ne pouvions pas faire l’impasse sur la plus grande initiative solidaire de ce post-confinement “Restons unis” initiée par Emmanuel Perrotin. La galerie invite ainsi du 23 mai au 14 août 26 galeries parisiennes, dans 4 présentations consécutives par groupe de 6 ou 7 galeries, d’une durée de deux semaines chacune, à prendre place sur ces murs dans son espace du Marais.

Dans la première vague de solidarité, les très belles galeries Balice Hertling, Anne-Sarah Bénichou, Crèvecoeur, Frank Elbaz, Antoine Levi et Semiose ont fait dialoguer leurs artistes fétiches les uns avec les autres. Véritable aperçu de la création contemporaine, l’exposition permettait aux visiteurs de découvrir des reliefs triangulaires en béton d’Isabelle Cornaro aux œuvres textiles de Marion Baruch en passant par les peintures colorées d’Ad Minoliti et Piotr Makowski, les compositions minimalistes de Blair Thurman ou encore les figures chimériques de Stefan Rinck… 

Pour cette seconde initiative nommée “You’ll never walk alone” c’est au tour des galeries Danysz, Valeria Cetraro, Laurent Godin, Edouard Montassut, Mor Charpentier, New Galerie et Sultana d’investir les lieux en nous présentant le travail d’une vingtaine d’artistes… De l’installation à la peinture, de la sculpture à la photographie : il y en a encore une fois pour tous les goûts… 

Pas de doute, il faut être au rendez-vous pour les prochaines sessions d’exposition collective ! 

 L.M

Galerie Emmanuel Perrotin
Impasse Saint Claude
Paris 3
Jusqu’au 14 août 2020