Déconfinement façon grand large ! 20 skippers ont (enfin) retrouvé la mer, samedi 4 juillet au large du port du Vendée Globe pour prendre le départ de la Vendée-Arctique-Sables d’Olonne, une course en solitaire inédite par son parcours et sa philosophie à travers un partenariat avec les éditions Gallimard et l’Institut Pasteur. Une occasion d’échanger avec Antoine Gallimard, amoureux des livres et de la mer.

Par Patricia-M. Colmant 

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Antoine Gallimard, D.R

Pour les coureurs du large, après la suppression, au printemps, de deux courses solo, Coronavirus oblige, il fallait recréer un planning de préparation au Vendée Globe, course autour du monde en solitaire dont le départ est fixé au 8 novembre. 

Pour le monde des livres, il faut aussi se repenser face à la concurrence des écrans et nourrir l’imaginaire des terriens qui rêvent de voyage, de découverte, de grands espaces. “Je suis heureux de soutenir la Vendée Arctique car ce parcours dans les eaux nordiques est une première dans la course au large.” Antoine Gallimard, grand amateur de voile, ne cache pas son plaisir d’être de la partie pour la reprise de la compétition -même si c’est depuis son élégant bureau parisien de la rue Gaston Gallimard, du nom de ce grand-père qui lui a fait aimer la voile !

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Vendredi 3 juillet, la veille du grand départ de la course dont Gallimard est partenaire… © Maxime Horlaville polaRYSE / IMOCA

L’idée originale, soufflée par son copain de régate Gwen Chapalain, lui-même organisateur de courses, est venue pendant le confinement. Ils ont demandé, en cette période d’oisiveté nautique, aux skippers de plancher sur une des onze thématiques qui illustrent la vie à bord : la liberté, le risque, la solitude, la relation au temps, le dépassement de soi… et les éditions Gallimard ont fait de même auprès de leurs auteurs volontaires. 

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© Marin Le Roux / polaRYSE / IMOCA

Parallèlement, les participants, soucieux de faire un geste envers le corps médical, ont associé au projet des chercheurs de l’Institut Pasteur en leur demandant de s’exprimer sur les mêmes thèmes dans une petite vidéo. Ces travaux sont à lire et voir sur le site imoca, un nouveau thème étant publié chaque jour de course à 17h. Ils donneront lieu, à l’automne, à un livre : Prélude Arctique au Vendée Globe.

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© Maxime Horlaville polaRYSE / IMOCA

« Si de grands écrivains comme Conrad, Melville ou Moitessier ne nous avaient pas apporté l’air du large nous ne connaîtrions pas ce que la mer a de fascinant » – Antoine Gallimard

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© Maxime Horlaville polaRYSE / IMOCA

Ces courses favorisent particulièrement l’imaginaire” estime Antoine Gallimard qui se souvient de s’être plongé dans les récits “des grandes expéditions qui souvent se sont révélées dramatiques, des difficultés de navigation.” 

La force de ce projet est de pouvoir faire ressentir ce qu’une course en mer dégage d’émotions aussi bien pour son classement que pour ce que la mer nous renvoie de nous-même” avance-t-il encore. L’implication de Gallimard dans ce projet d’écriture insolite permet “de proposer au lecteur de partager ces moments exceptionnels que vivent nos champions. Si de grands écrivains comme Conrad, Melville ou Moitessier ne nous avaient pas apporté l’air du large nous ne connaîtrions pas ce que la mer a de fascinant” ponctue-t-il.

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Le départ des Sables d’Olonne le 4 juillet. © François van Malleghem / IMOCA

Et en effet, les 3600 milles de navigation conduiront les marins aux abords du cercle polaire à l’ouest de l’Islande où des glaces dérivantes du Groenland pourraient parsemer l’océan d’embuches. 

Même si ces eaux lui sont inconnues et l’attirent, “pour le challenge que cela représente en termes de navigation”, l’homme sait que cette régate d’une douzaine de jours à laquelle il a associé son nom ne sera pas une promenade pour amateur. C’est une météo très sportive que les IMOCA 60 pourraient rencontrer autour de 65° de latitude nord, bien plus au nord que ne l’est le mythique cap Horn dans le sud ( 56°). Ces monocoques de 18,25 m équipés de foils latéraux, c’est-à-dire de grands patins recourbés qui aident le bateau à surfer sur l’eau, sont de plus en plus techniques et complexes à manoeuvrer, exploiter et optimiser.

Dans la jeunesse d’Antoine Gallimard, il y avait les livres pendant l’année et les écoutes et les voiles l’été. Ce sont ses grands-pères qui l’ont initié au bateau. Le paternel aimait, dit-il, “les femmes, les bateaux et les livres. Il avait un 8 mJI et naviguait à Cannes où nous allions une fois par an. Sirena était un beau bateau, exigeant. On rentrait au port à la voile. Cela avait de l’allure” se souvient le PDG de la plus prestigieuse maison d’édition française. Dans ses yeux, on voit qu’il s’agissait là de grands moments. “L’autre était sénateur-maire d’Erquy (Côtes d’Armor ndlr) où on allait aussi l’été et je faisais du Bélouga en famille. J’aimais ces vacances au Val André.”

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Antoine Gallimard dans son bureau. Courtoisie Le Point.

“La mer ? Pouvoir oublier la ville. Regarder les lignes d’horizon qui dessinent des paysages imaginaires– Antoine Gallimard

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© Eloi Stichelbaut – polaRYSE /IMOCA

Plus tard, Antoine Gallimard s’est offert un Dragon pour régater avec ses amis du côté de Douarnenez où sa mère a acheté une maison, pieds dans l’eau. C’est grâce à ce quillard régatier que cet amoureux de tout ce qui touche à la mer a renoué avec la voile après une longue interruption. ”Cela fait un moment que l’on navigue ensemble” raconte Gwen Chapalain qui apprécie l’humour pince-sans-rire de son copain Antoine. Quand il sort de sa réserve, une de ses plaisanteries favorites est de mystifier les gens. Et tant pis pour le libraire auquel il reproche de vendre les livres trop cher et qui ne l’aura pas reconnu…

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© Eloi Stichelbaut – polaRYSE /IMOCA

Après quelques années à beaucoup naviguer sur L’Imaginaire ( du nom d’une des collections de Gallimard), son Bordeaux 60, celui dont l’enfance a été bercée par Admundsen ou Charcot, Antoine Gallimard s’en est séparé, préférant louer ou partager les voiliers de ses amis. “Je n’ai jamais rêvé de faire une grande course en solitaire. J’aime surtout naviguer en équipage. La dernière traversée que j’ai pu faire c’était l’ARC (Atlantic Rally for Cruisers) avec Jean-Pierre Dick (skipper renommé dans la course au large, ndlr), en novembre dernier. Nous sommes partis des Canaries jusqu’à Sainte-Lucie dans les Caraïbes.”  Et de conclure : “Ce que j’aime en mer c’est de pouvoir oublier la ville. C’est de regarder les lignes d’horizon qui dessinent des paysages imaginaires et ressentir, bien-sûr, la présence physique de la mer.”

P-M.C

Suivez la course
Sur le site IMOCA.
Arrivée des premiers participants à partir du 15 juillet…