Qui n’a jamais rêvé d’une sympathique auto pour se rendre à la plage ? Sorte de transat ambulant, leur minimalisme a toujours revendiqué une certaine coolitude automobile. Surtout quand elles sont aussi rares qu’une supercar… Suite et fin de la liste de nos voitures de plage préférées !

 Par Antoine Minard

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Ghia Jolly, Mini Moke ou Citroën Mehari, maintenant que nous avons passé en revue les incontournables du genre, découvrons-en d’autres ! Plus méconnues certes, mais toutes aussi désirables et décalées. Conçue par un designer italien prometteur qui esquissera plus tard la Ferrari Testarossa, petite favorite du chanteur à l’origine de “Biche, oh ma biche” ou tout simplement premier véhicule amphibie fabriqué en France pour le marché civil, vous trouverez forcément voiture de plage à votre pied !

 

1. 1970, Honda Vamos

Après la Seconde Guerre mondiale, pour permettre aux japonais l’accès à l’automobile, de minuscules autos économiques voient le jour : les keijidōsha ou kei cars. À l’origine, les kei cars sont limitées à 150 cm3, bien qu’en 1969, la cylindrée soit augmentée à 600 cm3. La taille ne doit pas excéder 3 m, 3m40 désormais. En retour, les propriétaires bénéficient d’allégements fiscaux et d’une assurance moins chère.

auto-plage-2Les Japonais sont des gens sérieux et la Vamos est sérieusement cool. Empruntant une toile amovible en guise de toit, l’absence de portes et son apparence robuste aux voitures de plage européennes, Honda lance sa kei car de plage en 1970, deux ans après la Méhari. 

Basée sur la petite N360, la Vamos, “allons-y” en espagnol, propose deux ou quatre places et se veut, au choix petit camion de travail ou voiture destinée aux loisirs, comme le montrent les brochures d’époque. Sa roue de secours posée sur le capot avant, à la manière d’un Land Rover mais à la verticale, lui donne une allure folle !

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Son petit deux cylindres en ligne de 354 cm3 refroidi par air, très proche du moteur des motos CB 450 est placé au centre du châssis sous les sièges arrière et entraîne les roues arrière. Oui, malgré son allure ce n’est pas un 4×4. 

Parce que le Vamos partageait sa mécanique avec la N360, il est finalement abandonné en 1973 après que la N600 (600cm3) à la cylindrée plus élevée ait été lancée. 2 500 exemplaires seront commercialisés, pour la plupart au Japon. C’est pourquoi se pavaner à son bord est une brillante idée pour voir et surtout être vu.

 

2. 1973, Pininfarina Autobianchi A 112 Abarth Giovani 

Souvenez-vous de l’Autobianchi A112 des années 1970 et 1980. Avec son gabarit mini, sa tenue de route extra, ses moteurs pétillants et son design élégant signé Marcello Gandini elle rivalisait mieux qu’aucune autre avec la Mini. Si cette dernière a eu son dérivé plage avec la Moke, l’A112 aura sa version au carré baptisée Giovani, enfin presque.

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Le styliste Diego Attina pour Pininfarina a tourné le dos aux lignes soignées qui caractérise la production maison pour créer cette petite targa sur la base d’une A112 Abarth 58 hp. 

C’était en mars 1973, au Salon de Genève. La Giovani, littéralement jeunes – la clientèle à laquelle elle se destine – se dévoile aux côtés de la Ferrari 365 GT BB et de la Fiat 124 Abarth Rallye. 

Haute sur pattes, elle s’inspire des buggys comme le Meyer Manx conduit par un Steve McQueen flamboyant dans L’affaire Thomas Crown. Si la plupart de ces engins ne sont que des Cox transformées et prévues pour rouler sur les plages californiennes, l’A112 Giovani est une voiture faite aussi pour le goudron, légère, rapide et nerveuse. 

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Si ce n’est les phares repris de la Fiat 127, la Giovani n’utilise aucune pièce commune avec des modèles de production. Elle inaugure même un langage stylistique futuriste : la peinture bi-ton, les pare-chocs en résine intégrés, la face avant avec le logo masquant une petite prise d’air, le toit escamotable ou l’important décalage des flancs larges en bas et plus étroits au niveau de la ceinture, donnant l’impression de se retrouver avec deux coques surdimensionnées. 

Elle laissera un grand regret : celui de ne jamais avoir été produite en série. Corrado Lopresto, grand collectionneur Milanais, en est désormais le propriétaire et la lui racheter ne sera pas chose aisée.

 

3. 1981, Dallas

Malgré son nom à consonance américaine et son look l’apparentant à la célèbre Jeep, la Dallas est une authentique voiture française. Selon les années sur une base raccourcie de Renault 4 ou de Peugeot 205, elle se montre particulièrement adaptée à un usage estival. 

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Sa garde au sol élevée lui ouvre les chemins les plus mauvais pour aller à plage, mais attention, la Dallas n’est pas pour autant un véhicule tout terrain.  Elle n’en possède ni les pneumatiques ni la transmission intégrale. Mais elle saura vous transporter en plein air avec style !

On doit sa création à Jean-Claude Hrubon. La voiture est présentée en décembre 1981 et le site de production est installé rue de Longchamp à Neuilly-sur-Seine… Autre époque. 

La Dallas est livrable montée en kit mais l’affaire vivote, pire la société craint rapidement le dépôt de bilan. C’est là qu’intervient le chanteur Frank Alamo. Jean-François Grandin de son vrai nom, héritier d’un fabricant de téléviseurs (la marque Grandin) et passionné d’automobile. L’argent n’est pas un problème et il fait transférer la production à Montreuil, dans l’usine familiale de téléviseurs. Il devient ainsi le troisième constructeur français, après PSA et Renault !

 

Il fait remplacer l’acier de la carrosserie par du polyester, plus léger. Au Salon de Paris 1984, 800 commandes sont enregistrées. Frank Alamo revendra l’affaire en 1996 et elle lui survivra deux années encore. Près de 3 500 exemplaires auraient été produits jusqu’en 1998. Même si quelques unités ont été finalement proposées avec une transmission intégrale Sinpar, on a surtout vu la Dallas sur le sable chaud des plages méditerranéennes ou les pavés parisiens des quartiers chics…

 

4. 1992, Hobbycar B612

Il y a les autos pour aller à la plage et les autos pour aller à l’eau. Fort de son expérience chez Renault F1, François Wardavoir s’était lancé à la recherche d’un nouveau concept. L’industrialisation du projet se fera grâce au financement de Serge Desmarais et avec la participation de Gérard Godfroy (designer), Claude Poiraud (chef de projet produit) et Philippe Beloou (responsable des études), qui quelques années auparavant, avaient été impliqués dans la naissance des voitures de sport françaises Venturi.

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Le Hobbycar B612 est présenté sous sa forme définitive au Mondial de Paris 1992 et les premières livraisons commencent début 1994. Pouvant être transformé tour à tour en 4×4, pick-up, cabriolet ou bateau il bénéficie d’une réalisation aussi soignée que singulière. 

Constituée d’une structure en matériaux composites (double coque en époxy fibre de verre et Kevlar-carbone) renforcée par deux poutres longitudinales en acier, sa coque est insubmersible.

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Sur la terre il roule avec un turbo diesel Peugeot, placé au centre, permettant 150 km/h. En tout-terrain, une suspension Citroën hydropneumatique lui permet de franchir les obstacles en modifiant sa garde au sol de 12 à 30 cm. Une fois la berge franchie, grâce à la puissance de ses deux hydrojets directionnels, le Hobbycar se transforme en parfait outil de détente et se déplace à plus de 6 noeuds. Dès sa rentrée dans l’eau, un joystick remplace le volant et les sièges inoccupés se ferment hermétiquement.

 

Nous démarchons les propriétaires de yacht de plus de 40 mètres, disait Serge Desmarais, Pour 380 000 francs, ils disposent ainsi d’un bateau et d’une auto.” Hélas, des problèmes de mises au point mettront à mal la société et seule une soixantaine de ces engins, principalement à destination d’Afrique du Nord et des pays du Golfe, seront fabriqués dans l’usine de Thenay dans le Loir et Cher. 

On allait oublier : le nom du modèle, B612, est l’astéroïde dont le Petit Prince, personnage éponyme du conte d’Antoine de Saint-Exupéry, est originaire. En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées !

A.M